Les onuseries dangereuses

Publié le par Ofek

 
Un des points qui m’intriguent le plus dans l’opinion dominante de mon pays est l’image positive qu’y conserve – auprès des diplomates et des journalistes français, et même dans l’opinion publique en général – l’Organisation des Nations Unies.
 
Il est de bon ton, parmi nos hommes politiques et nos penseurs, de déclarer que chaque crise internationale – le conflit au Moyen-Orient, le secours aux affamés, la protection des Droits de l’Homme – doit être résolue « sous l’égide des Nations-Unies ».
On n’entend jamais rappeler, dans cette extase générale, que les règles de fonctionnement des institutions de l’ONU posent, à cet égard, une petite difficulté.
 
La règle principale de ces institutions est – sauf au Conseil de Sécurité – l’égalité absolue des pays membres.
L’opinion de la Libye sur les Droits de l’Homme est traitée avec le même respect que celle de la Suisse.
Cuba peut parler de démocratie autant que le Canada.
Les points de vue de l’Arabie Saoudite sur le droit des femmes ont autant de poids que ceux de la Norvège.
Ce que dit la Corée du Nord sur la lutte contre la faim vaut bien ce qu’en dit l’Autriche.
 
La deuxième règle de fonctionnement est l’organisation des Etats par blocs : Europe, Asie, Afrique, Organisation de la Conférence Islamique etc.
Dans plusieurs de ces blocs, les pays démocratiques ou même vaguement respectables sont inexistants, ou représentent une petite minorité. Il suffit par conséquent d’une majorité de pays voyous dans une majorité des blocs, pour que les institutions du système onusien – ayant, chacune sur son sujet, l’autorité de l’ONU elle-même, reflètent, non pas les préoccupations élevées de la « communauté internationale », mais la pathologie mentale, la stupidité et la haine qui animent les kleptocrates, les fous de Dieu, les présidents-colonels et autres communistes, qui contrôlent encore tant de pays de notre pauvre planète.
 
Au cours des deux dernières semaines, l’ONU a montré deux exemples de cette perversion absolue de ses principes fondateurs – tous deux dans le domaine des Droits de l’Homme, pour lesquels l’ONU entretient, à Genève, une bureaucratie abondante et bien rémunérée.
 
Le dimanche 3 septembre dernier, la plus haute autorité de cette bureaucratie, la canadienne Louise Arbour, Haut-commissaire aux Droits de l’Homme de son état, s’est rendue à Téhéran pour assister à une conférence sur les Droits de l’Homme, hébergée par l’Iran et organisée par le groupe dit « mouvement des pays non alignés » (PNA).
Une organisation actuellement présidée par Cuba, fermement hostile aux démocraties occidentales, et où la plupart des régimes les plus sanguinaires de la planète aiment à se retrouver pour définir des positions communes sur les questions du jour.
 
En tant qu’hôte de la conférence, le président iranien Ahmadinejad prononça le discours introductif – son discours courant, dans lequel il affirma, comme d’habitude, qu’Israël devait disparaître et annonça que l’Iran voulait « préparer le terrain pour la réalisation du grand événement promis » (la venue de l’imam caché) et aspirait à un « gouvernement mondial » - un gouvernement qui, on peut le supposer, ne prévoit pas de donner la moindre responsabilité à une femelle infidèle comme Mme Arbour.
 
Dans la suite des débats, les orateurs se relayèrent à la tribune afin de condamner – comme il convient aux représentants des pires violateurs des libertés fondamentales sur la planète – « l’utilisation des Droits de l’Homme pour faire pression sur des pays indépendants » (selon les mots du ministre iranien des Affaires Etrangères, Manouchehr Mottaki).
A l’opposé exact du principe de « droit d’intervention humanitaire », défendu par l’actuel ministre français des AE, Bernard Kouchner, les PNA considèrent en effet qu’il n’existe pas de Droits de l’Homme universels.
Les Droits de l’Homme, pour ce mouvement, ne doivent jamais être l’occasion de critiquer un pays, à l’exception d’Israël et des Etats-Unis.
Ces droits doivent, dans le langage du mouvement, être interprétés dans le cadre de la « diversité culturelle » : c’est ma culture d’exciser mes filles, c’est la tienne de pendre tes dissidents, soyons donc tous frères !
 
Pendant que les abominations cyniques se succédaient les unes aux autres, le Haut-commissaire, convenablement voilée, est restée au premier rang sans broncher et sans protester devant la remise en cause systématique des principes qu’elle est, de par sa fonction, supposée incarner.
 
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La Conférence des PNA sur les Droits de l’Homme à Téhéran, le 3 septembre
 
La même image, vue de plus près, montre à quel point le Haut Commissaire était émue par ce qu’elle entendait :
 
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A Téhéran, le Haut-commissaire des Nations-Unies aux Droits de l’Homme en train de défendre courageusement les droits imprescriptibles de la personne humaine
 
Après sa sieste, le Haut-commissaire aurait déclaré sa satisfaction d’avoir été présente à la conférence des pays non-alignés, et fait l’éloge du bureau de représentation de l’Iran à Genève.
Peut-être faut-il cependant accorder, sur ce point, le bénéfice du doute à Mme Arbour : la seule source confirmant cette déclaration étant l’agence de presse de la République Islamique d’Iran, l’une des rares agences de presse de la planète qui, sur les questions de politique internationale, ment encore plus souvent et avec moins de scrupules que l’Agence France-Presse.
Mais si le Haut-commissaire n’a pas tenu ces propos, il serait bon de savoir ce qu’elle a vraiment dit : le site du Haut-commissariat ne mentionne, contrairement à son habitude, ni les déclarations de Mme Arbour à Téhéran, ni même son voyage.
 
Puisque l’ONU refuse de répéter ce qu’a dit Mme Arbour, il faut bien revenir à la source iranienne. Celle-ci indique que le Haut-commissaire aurait annoncé que son organisation adopterait désormais une approche « non sélective » des Droits de l’Homme.
En clair, une approche qui consiste à aborder les questions de manière générale, sans condamner individuellement tel ou tel Etat et que le Haut-commissariat était prêt à offrir à l’Iran son « assistance technique » : une procédure dans laquelle, pour éviter toute condamnation offensante, chacun fait semblant de croire que les violations des Droits de l’Homme sont le résultat malencontreux de procédures imparfaites qui ne demandent qu’à être améliorées.
 
Comme ces deux points correspondent exactement aux revendications classiques des principaux violateurs des Droits de l’Homme, il est possible que ces propos n’aient pas vraiment été tenus ; l’Iran a pu profiter de la présence du Haut-commissaire pour les lui attribuer. Mais ne vous attendez pas à ce que l’ONU émette un démenti : cela provoquerait un incident diplomatique, et il ne serait vraiment pas poli de provoquer un incident diplomatique avec un pays si respectable.
 
Le lendemain de la conférence (le 4 septembre), Mme Arbour, reposée et l’esprit content, repartait pour Genève. L’Iran faisait connaître officiellement sa satisfaction devant le fait que l’ONU ait été représentée « au plus haut niveau » à sa conférence des Droits de l’Homme.
 
Et le surlendemain, le 5 septembre, la République islamique tirait toutes les conséquences de l’approbation qu’elle venait de recevoir de l’ONU, en diffusant au monde entier l’image suivante et quelques autres du même acabit :
 
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Trois Iraniens pendus en public
 
Appliquant à la lettre le principe de « diversité culturelle » que Mme Arbour venait d’entendre défendre sans réagir, le régime avait décidé, de longue date, de se moquer ouvertement des discours occidentaux sur les Droits de l’Homme, en choisissant le lendemain de la visite du Haut-commissaire pour des pendaisons massives.
Voilà ce qui se passe quand on est poli avec des monstres.
 
Mais à Genève, les ronds-de-cuir des Droits de l’Homme ne s’en tiennent pas là.
Au cours de la semaine qui avait précédé la conférence de Téhéran, le Conseil des Nations-Unies sur les Droits de l’Homme avait lancé le processus qui doit conduire, au printemps 2009, à l’organisation d’une seconde « conférence contre le racisme », qui fera suite à la première conférence, tenue à Durban en septembre 2001.
 
La conférence de Durban – les lecteurs de la Mena s’en souviennent sans doute parfaitement – avait été marquée par un dérapage généralisé vers un antisémitisme ouvert et affiché.
Le président du Zimbabwe, Robert Mugabe, – qui était alors fort occupé par le nettoyage ethnique de sa minorité blanche – avait été applaudi au nom de l’anti-racisme, pendant que les organisation non gouvernementales invitées à la conférence y distribuaient des tracts regrettant ouvertement qu’Hitler n’ait pas réussi à exterminer tous les Juifs.
 
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Aucun exemple contemporain de discrimination raciale hors des Etats-Unis ou d’Israël – littéralement aucun – n’avait été évoqué. La conférence s’était limitée à deux sujets sans rapport avec son objet affiché : la nécessité pour l’Occident de payer des « compensations » au Tiers-monde pour les effets du racisme passé, et, naturellement, le caractère absolument maléfique d’Israël.
Les Etats-Unis, dégoûtés, avaient quitté la conférence après quelques jours ; les Européens avaient préféré rester et avaler les insultes avec le sourire ; reste que la conférence avait été financée selon les règles du budget général de l’ONU (un quart pour les Etats-Unis et un peu plus pour les Européens) [1].
 
Faut-il donc croire que l’ONU, consciente du dérapage de la précédente conférence, a pris les mesures nécessaires pour que sa prochaine conférence contre le racisme soit, comment dire ? Un peu moins ouvertement raciste que la précédente ?
 
Sûr. La preuve en est que le comité de préparation de la deuxième conférence est présidé la Libye, avec l’Iran comme vice-président et la Cuba comme rapporteur.
 
La preuve en est que la date de la conférence a été fixée pendant la semaine de Pessah – la Pâque juive – ce qui empêchera la plupart des Juifs pratiquants du monde d’y assister.
Cette date a été confirmée par le comité de préparation après que les représentants européens eurent signalé cette difficulté, donc il ne s’agit pas d’une coïncidence.
Il semble que la volonté de tenir les Juifs à l’écart explique aussi l’opposition de la majorité du comité de préparation, à la suggestion européenne de tenir la conférence à New York.
 
La preuve en est que le comité de préparation a décidé que toutes les ONG invitées à Durban seraient automatiquement invitées à la deuxième réunion. Que les lecteurs de la Mena regardent bien le tract illustré plus haut : il y en aura beaucoup du même genre lors de la prochaine conférence.
 
L’un des principaux objectifs du comité de préparation consiste à mettre au programme de la conférence la question des « formes contemporaines de discrimination ».
Le représentant du Pakistan a obligeamment expliqué qu’il s’agissait par là de réagir contre « le profilage racial au nom de la lutte contre le terrorisme », et celui de l’Egypte a cité les caricatures de Mahomet, publiées par un journal danois, comme un exemple du développement de nouvelles formes de haine raciale.
 
En clair, le monde peut d’ores et déjà attendre trois choses de la conférence qui se tiendra à la Pâque de 2009 : une nouvelle vague de rhétorique meurtrière contre Israël et les Juifs ; une critique des méthodes employées par l’Occident pour lutter contre le terrorisme, ce qui ne peut avoir d’autre but que de les affaiblir dans cette lutte ; et une attaque en règle contre la liberté d’expression qui conduit certains Occidentaux à critiquer l’Islam (ce qui est naturellement leur droit le plus complet, comme c’est le droit d’autres Occidentaux d’admirer cette religion).
Pour bien faire passer le message, le comité de préparation a décidé que le rapporteur spécial de l’ONU sur les Droits de l’Homme ne serait pas invité, contrairement à ce qu’avaient suggéré les Européens.
 
Justement, comment se comportent les Européens dans ce comité de préparation d’une conférence qui menace ouvertement la liberté d’expression qui se situe au cœur des valeurs de l’Europe ?
 
Seul Ilan aurait le vocabulaire adéquat pour répondre à cette question. Mais si je dis que les Européens sont aussi lâches qu’arrogants ; qu’ils n’avancent parfois des idées en défense de la liberté qu’en tremblant de leur propre audace ; qu’ils reculent au premier froncement de sourcil d’un boucher ou au premier sourire méprisant d’un lieutenant-colonel ; qu’ils sont en tout et partout des carpettes méprisables, des baise-babouches sans honneur et des Diafoirus de la reddition sans condition ; si je dis tout cela, je serai peut-être parvenu à faire ressentir la centième partie du dégoût que m’inspirent mes « compatriotes » d’Europe travaillant dans cette enceinte.
Systématiquement mis en minorité sur toutes les questions importantes, les diplomates d’Europe n’osent même pas demander un vote pour marquer leur désaccord. Ils avancent timidement leurs propositions, puis « se rallient au consensus », dès qu’un représentant du groupe africain ou de l’OCI a pris la parole [2].
 
Au-delà de leur personnalité méprisable – qui est, pour beaucoup d’entre eux, indiscutable – ces diplomates incarnent le véritable héritage de l’ONU.
Dans une organisation où les tyrans dominent, les représentants des sociétés libres n’ont le choix qu’entre se soumettre et être mis en-dehors du jeu.
 
En choisissant de se soumettre, ils sacrifient sans souci tout ce qui a fait la gloire de l’Occident : la liberté d’expression, la liberté religieuse, les droits des individus et l’égalité des sexes.
Pendant ce temps-là, les vrais maîtres de l’ONU utilisent l’autorité qu’on lui prête pour faire avancer leur programme.
 
Au-dessus des salles capitonnées de Genève tombe lentement la nuit de la terreur, de la régression, de la violence et de la mort.
 
Notes :
 
[1] Voir l’excellente analyse de Pierre-André Taguieff sur la conférence de Durban dans La nouvelle Judéophobie (Mille et une nuits, 2002).
 
[2] Le « ralliement au consensus » est un terme onusien dont la signification technique est « baisser sa culotte ».
 
Sébastien Castellion sur Metula News Agency
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