Pourquoi Israël va entrer en guerre à nouveau, à brève échéance
John Keegan - Telegraph Online - Traduction : Objectif-info.com

Il va bientôt y avoir une nouvelle guerre au Moyen-Orient. Ce sera la reprise du conflit entre l’armée israélienne et le Hezbollah. La guerre est absolument inévitable. Elle va se produire parce qu'Israël ne peut pas tolérer la reconstruction d’une zone militaire fortifiée entre les mains du Hezbollah au Sud Liban. C’est de là que partaient il y a peu de temps, les tirs de missile contre le nord d’Israël.
Le Hezbollah a d’ores et déjà reconstitué le secteur fortifié et remis à niveau ses stocks de missiles. Le Hamas est également en train d’édifier une zone militaire fortifiée dans la Bande de Gaza, où il accumule des stocks de missiles. Israël fait donc face à une menace d'attaque par des missiles sur deux fronts.
Quand l’état major israélien considèrera que la menace est intolérable, il frappera.
Les évènements du Sud Liban cette année ont été souvent mal interprétés, en grande partie à cause de la passion anti israélienne des médias internationaux qui les a conduits à parler de façon erronée d’une défaite israélienne. Cela ne s’est pas passé ainsi. On peut certainement parler d’une déconvenue israélienne. Mais il est tout à fait faux de penser que l’armée israélienne a subitement perdu sa supériorité historique sur ses ennemis arabes, qui auraient acquis des vertus militaires dont ils étaient dépourvus jusqu'ici.
Le Hezbollah a essuyé de lourdes pertes au combat, environ 1 000 tués sur une force de 5 000 hommes, qu’il récupère à peine en ce moment.
Ce qui a permis au Hezbollah d’apparaître comme un gagnant, c’est l’utilisation d’un système de fortifications et de tunnels qu'il a construit à partir de juin 2000, quand Tsahal s’est retirée du Sud Liban qu'elle occupait depuis 1982.
Bien que l’armée israélienne soit entrée au Sud Liban, les pertes subies en pénétrant dans les zones de défense fortifiées ont alarmé le gouvernement et le haut commandement.
En effet, la population minuscule d'Israël est extrêmement vulnérable aux pertes sur le champ de bataille.
Le plan d'Israël était de détruire les tunnels et les bunkers du Hezbollah, mais l'envoi d'une force d'interposition des Nations Unies n'a pas permis de les éliminer complètement avant que l’armée soit forcée de se retirer.
Les systèmes de tunnels ont joué un rôle crucial dans beaucoup de campagnes militaires contemporaines, mais sans retenir suffisamment l’attention. C'est une lacune sérieuse. Les succès du Viêt-Cong dans la guerre du Vietnam, dans les années 1968-72, devaient beaucoup à l’utilisation de ce que l’on appelait la zone de guerre B. Il s’agissait d'un complexe de tunnel profonds et de bases souterraines au nord Saigon, dont la construction avait commencé pendant la guerre contre les Français, dans les années 1946-55. La zone de guerre B fournissait au Viêt-Cong une base permanente où il se réfugiait et s’approvisionnait. Elle a démontré son invulnérabilité malgré les efforts déterminés des américains pour la détruire. La zone de guerre B est désormais une importante attraction touristique proposée aux visiteurs occidentaux.
Cependant, à cette époque, la zone de guerre B n’avait rien d’un camp de vacances : elle a permis la survie du Viêt-Cong aux abords de Saigon et lui a donné la possibilité de monter des opérations contre les forces gouvernementales et les Américains.
Le Hezbollah, par imitation ou de sa propre initiative, est en train d’utiliser contre Israël une stratégie fondée sur les tunnels et les bases souterraines. C’est pour cela qu'il a été en mesure récemment d’affronter les forces blindées israéliennes au Sud Liban.
L'adoption d'une stratégie fondée sur les tunnels a permis au Hezbollah de mener une guerre asymétrique contre Israël dont les forces blindées étaient auparavant irrésistibles.
En même temps, les systèmes de tunnels ne sont pas vulnérables aux raids aériens.
La raison d’être d’Israël est de fournir un refuge au peuple juif, et celle de son armée est d’être son bouclier, rôle qui a été assuré avec beaucoup de succès depuis 1948. Il est donc évident que ni l'un ni l'autre ne peut tolérer qu’un territoire militaire inaccessible, aux mains d’un ennemi juré, demeure en l’état, au contact immédiat de la frontière nord d'Israël.
Il est donc facile de prévoir que l’armée israélienne voudra reprendre son offensive contre le Hezbollah au Sud Liban, à un moment ou à un autre, dans un proche avenir.
Cette offensive ne cessera pas tant qu’elle n’aura pas détruit le système souterrain, même si, dans ce processus, elle inflige de lourds dommages aux villes et aux villages de la région.
Il est probable qu'elle agira aussi contre le système souterrain en construction dans la bande de Gaza. Le Hamas constitue des stocks d’armes et de munitions en provenance d'Égypte à travers ses propres réseaux.
Gaza est une cible moins redoutable que le Sud Liban, car c'est une enclave qu’Israël peut facilement contrôler. De fait, Tsahal peut faire diversion en attaquant Gaza de façon à contraindre le Hezbollah à diviser ses forces et à multiplier ses engagements.
La destruction des bases militaires souterraines est tout à fait justifiée, mais elle est susceptible de créer des complications diplomatiques, en particulier avec l'ONU.
Une pénétration au Sud Liban risque de provoquer un conflit avec la Finul, dont les forces sont en majeure partie fournies par la France. Il est peu probable qu'un tel risque dissuadera Israël. Quand la survie de la nation est en danger, Israël est impitoyable.
Il a attaqué un navire américain spécialisé dans les écoutes pendant la guerre des Six-Jour, parce qu'il ne voulait pas que l'Amérique ait connaissance de ses communications les plus secrètes.
La grande question pendante en cas d’un retour israélien au Sud Liban est de savoir s’il provoquera une guerre avec la Syrie, le protecteur arabe du Liban. La réponse est très probablement oui, mais cette extension des hostilités pourrait bien ne pas déplaire à Israël et aux États-Unis, qui considèrent la Syrie comme une position avancée de l'Iran sur les rives de la Méditerranée.
Ce qui est sûr, c’est que probablement avant la fin de l'année, Israël aura frappé le Hezbollah au Sud Liban. Et les frappes se produiront encore plus tôt si le Hezbollah reprend ses tirs de missile sur le nord d'Israël à partir de ses complexes souterrains.
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