Palestiniens - Mot pour mot : racistes !
6 juin 2006 - Par Viviane Miles © Metula News Agency
Aux premiers de dépasser leurs préoccupations alimentaires, faute de quoi, ils auront de quoi manger mais n’auront plus où vivre
Hier, l’Autorité Palestinienne de Mahmoud Abbas déployait une force de sécurité de 1'250 hommes, en supplément des 2'500 déjà mobilisés en renforts, depuis la veille, en réponse à la constitution d’une milice de 3'000 hommes du Hamas il y a trois semaines, et à sa récente occupation de Gaza city.
Ceci, c’est pour l’information. Ce qui n’est plus de l’information, ce sont les termes et les motivations avancés par les quotidiens hexagonaux, reprenant la dépêche de l’AFP.
Ainsi, pour Le Figaro et Libération, les composants de ces unités de sécurité sont des « activistes ». A la Ména, nous alertons régulièrement les lecteurs contre les dévoiements criminels aèfpiens de la langue française, qui les induisent à prendre des vessies pour des lanternes. Mais là, le lecteur risque d’y perdre son latin ; de ne plus rien y comprendre du tout.
C’est quoi un activiste ? Quelqu’un qui est chargé d’assurer le maintien de l’ordre dans le territoire ? Dans ce cas, il s’agit d’une nouveauté, d’un néologisme majeur, suffisamment révolutionnaire pour justifier la convocation des Immortels en session extraordinaire d’urgence ! Pauvres des sémiologues ou, plus simplement, de ceux qui respectent notre langue et n’admettent pas qu’on la maltraite dans tous nos media, simplement pour servir les intérêts des amis terroristes de Marius Schattner. Les francophones, qui avaient déjà du mal à déglutir les termes « jeune », « activiste », « militant », « kamikaze » lorsque employés pour définir les assassins-terroristes-suicidaires qui se font exploser dans un centre commercial, un bistrot, chez leurs voisins, en tentant d’emporter avec eux le maximum d’« ennemis sionistes », se retrouvent avec une nouvelle couleuvre dans leur assiette ?
Dans un sens comme dans l’autre, le terme utilisé d’ « activiste » n’a évidemment rien à voir avec la réalité. Dans la première hypothèse, il s’agit de supplétifs armés [1], qui viennent en complément des effectifs réguliers d’une force gouvernementale. Dans la seconde, il s’agit de terroristes, d’individus armés qui sèment systématiquement la terreur parmi une population civile.
Quant au rôle de cette milice, créée par le président de l’Autorité Palestinienne, l’AFP, ne voulant pour rien au monde rater une occasion de démoniser l’Etat hébreu, décrète ou rapporte volontiers des sources excentriques, affirmant qu’elle a été mise sur pied pour « empêcher l’infiltration de forces spéciales israéliennes ».
Qu’est-ce que ce nouveau canular issu du cerveau détraqué de l’intelligentsia française antijuive ? Israël escorterait ainsi des forces destinées à tuer ses soldats ? L’AFP ne dit pas si, pendant leur transfert de Cisjordanie à Gaza, Tsahal leur a également servi des rafraîchissements ? Fourni des fusils ? Les plans de ses prochaines opérations-commando ?
Ce que ces pseudo journalistes ne font pas, tout de même, pour passer sous silence le différend, au bord de la guerre civile, qui sévit entre le Fatah de Mahmoud Abbas et le Hamas d’Ismaïl Hanya ! Le fossé, ou plutôt le canyon qui les sépare, mérite bien à lui seul le déploiement de cette force d’intervention de l’ AP. Ce matin, on apprenait d’ailleurs que les renforts de Mahmoud Abbas avaient pris position dans les faubourgs de Gaza, face à la nouvelle unité d’Ismaïl Hanya, qui occupe très ostensiblement les rues de la ville. On est, à l’évidence, en plein dans une affaire interne aux Palestiniens, engrenés dans une dynamique de la surenchère. Un mano a mano qui pourrait dégénérer en conflit ouvert dès l’annonce du référendum populaire sur la charte des prisonniers, qu’Abou Mazen devrait annoncer au moment où vous lirez mes lignes. Le gouvernement du Hamas est, en effet, totalement opposé à l’acceptation de ce texte fondateur et, bien entendu, à la perspective de nouvelles élections générales dans le cas, probable, où les électeurs palestiniens accepteraient ladite charte.
Mais cette problématique ne passionne pas mes confrères de la presse généraliste tricolore ; si « l’élément perturbateur » – Israël – était considéré hors sujet, cela impliquerait la reconnaissance de facto que les problèmes sont inhérents au peuple palestinien, et cela, pour eux, représente quelque chose d’impensable, nonobstant la réalité et toutes les formes qu’elle peut prendre. La perspective d’une guerre fratricide inter palestinienne imminente est, dès lors, traitée de façon secondaire. Le problème, pour ces néo-antidreyfusards, reste et demeure Israël ; quoi que cet Etat fasse, qu’il soit effectivement impliqué dans un problème ou pas du tout ! C’est la déviance d’une autre réactualisation, celle du sacrifice du bouc émissaire universel, éternellement coupable de tous les malheurs de la région ET de la planète. Les Juifs connaissent bien, les antisémites ne s’en lasseront jamais, nous sommes, tout à la fois, responsables de l’expansion du capitalisme et de la naissance et de la diffusion du communisme. Quoi de plus sensé, docteur ?
Ce matraquage simplet permet d’éluder les vraies interrogations relatives aux disfonctionnements intérieurs ayant amené à la création des milices de choc dans chacun des deux camps palestiniens. Mais, les média français s’appliquent à minimiser l’étendue du gouffre entre les factions rivales palestiniennes, et à faire croire, jour après jour – en dépit des discussions entre le Fatah et le Hamas, qui courent de Charybde en Sylla – qu’un accord négocié entre les deux parties est imminent. A lire le Monde, par exemple, il ne se passerait pas une journée sans qu’Hanya et Abbas ne tombent dans les bras l’un de l’autre ; c’est presque à se demander de quelle crise parle la Ména. Mais ne nous leurrons pas, la Propalestine française est loin du compte : une rencontre qualifiée de « rencontre de la dernière chance », entre les deux leaders, a à nouveau totalement échoué hier soir. S’il restait une chance de s’entendre, le très consensuel Mahmoud Abbas n’aurait eu nul besoin d’imposer un ultimatum et de risquer ainsi l’embrasement fratricide. C’est que tout oppose les deux courants : le désir de paix, l’inclusion du conflit israélo-palestinien dans la lutte pour l’islamisation du monde, la nécessité de créer un Etat palestinien, les tirs de Qassam, l’objectif inatteignable de destruction de l’Etat d’Israël, et ma liste des différends antithétiques est loin d’être exhaustive…
Au sujet de l’ultimatum d’Abbas, justement, et de l’acceptation de la charte des prisonniers palestiniens détenus en Israël, je désire ici préciser à Didier François, de Libé, et au Monde, qu’il ne s’agit pas de « prisonniers politiques », et encore moins, respectivement, des « cadres politiques » qui sont emprisonnés en Israël, mais bien de terroristes qui ont TOUS été équitablement jugés pour des ACTES violents. C’est ici de rappeler, qu’en Israël, personne n’est conduit en prison pour ses idées, quelles qu’elles soient – y compris celles qui prônent la destruction physique de l’Etat hébreu –, ni pour son adhésion à quelque organisation civile que ce soit. Le système juridique israélien est d’ailleurs ainsi fait, qu’il maintient, en dépit des conflits et des assassinats collectifs à répétition de citoyens innocents, tous les principes de la légalité et les applique à la lettre aux terroristes palestiniens, ce qui est assez exceptionnel pour mériter d’être souligné. Les organisations terroristes palestiniennes reconnaissent par ailleurs ce système, puisqu’elles mandatent des avocats israéliens pour défendre leurs membres. Ecrire qu’il s’agit de « prisonniers politiques » participe ainsi d’une manœuvre de propagande extrême et, partant, d’une prise de parti qui dénote, de surplus, un irrespect absolu pour toutes les victimes des attentats organisés et commis par ces prisonniers politiques. Il est à remarquer que dans moult systèmes juridiques autres que celui-ci, ces prisonniers auraient depuis longtemps fini alignés contre un mur !
En ce qui concerne les victimes du conflit proche-oriental, la presse française commet une insupportable distinction motivée par le groupe national auquel elles appartiennent, mais aussi, et c’est encore autrement plus grave, en fonction de l’identité de leurs meurtriers. Même lorsqu’un terroriste palestinien périt en Israël, en massacrant des civils, le public de l’Hexagone a droit à son pedigree complet : genre, âge, nom, adresse et circonstances dans lesquelles il a perdu la vie. Ces assassins viennent ensuite grossir le décompte indécent tenu par l’AFP des morts palestiniens, décompte qui met en perspective le surnombre de morts arabes corollairement aux victimes juives.
Face à la profusion de détails visant à personnaliser les assassins, lorsqu’ils sont arabes, – la connaissance d’un individu et de ses mobiles, quels que soient ses crimes, engendre toujours une dose certaine d’empathie instinctive – l’indifférence réservée par l’AFP et ses détaillants médiatiques aux victimes israéliennes, fussent-elles civiles et innocentes, est manifeste. La plupart du temps, elles n’ont droit à rien du tout, pas au moindre détail d’identification qui pourrait en faire autre chose que les composants involontaires d’une statistique morbide. Au contraire, les néo-antisémites français n’ajoutent, à propos des victimes juives du terrorisme, des indices de reconnaissance que lorsqu’ils pensent qu’ils peuvent avoir un effet justificatif quant aux motifs des terroristes. A cet effet, et malgré les protestations répétées d’institutions comme Amnesty International, l’AFP persiste à faire mention, pour solde de tout compte, du fait qu’une personne était un colon âgé de… , lorsque la victime juive demeurait ou séjournait dans une implantation. Amnesty, quant à elle, affirme qu’un crime terroriste n’est ni explicable, ni justifiable, ni exclusif de la catégorie juridique de crimes de guerre ou crimes contre l’humanité, du fait qu’il ait été commis contre l’habitant d’une implantation. Au reste, il est clair que les formules françaises de l’espèce : "un colon de 37 ans a été tué lors d’une attaque menée par des activistes palestiniens" poursuit plusieurs buts.
1. Déshumaniser la victime. Il ne s’agissait pas d’une personne mais d’un colon (sous-entendu qui a bien mérité de son sort).
2. Humaniser ses assassins : pas des terroristes – des individus armés s’attaquant systématiquement à des civils – mais des personnes impliquées dans une cause politique, et donc civiles par définition, des activistes.
3. Une implantation, quelles que soient nos orientations politiques, est une agglomération civile, c’est d’ailleurs la description qu’en fait Amnesty. Dans ces conditions, il ne devrait pas être question d’attaque mais d’attentat. Pas d’un meurtre, mais d’un assassinat, doublé d’un crime de guerre.
Quand un Palestinien meurt en territoire palestinien, dans un affrontement avec des soldats israéliens, l’AFP fait étalage de son état ainsi que des circonstances de sa mort ; en revanche, que l’un d’eux tombe sous les coups d’un autre Palestinien, aucune de ces indications n’est mentionnée. Ainsi, bien peu de Français ont-ils eu les moyens informationnels de savoir que, parmi les cinq morts d’il y a deux jours, lors d’affrontements Fatah-Hamas, il y avait une mère et son enfant en bas âge. Bien malin qui connaît leurs noms !
Plus qu’une stratégie tendant à minimiser l’impact d’une lutte fratricide entre factions rivales d’une même entité, cette ségrégation par l’information est, de plus, doublement raciste. La première forme de racisme consiste, pour des professionnels de l’information, à faire le choix de traiter de façon différente, des événements identiques, se produisant en des régions identiques, suivant l’identité, la race, la nationalité ou la confession des victimes.
La seconde, consiste à effectuer les mêmes choix rédactionnels en fonction de l’identité des causeurs de mort. Cela, toujours dirigé au détriment des ressortissants de la même nation, c’est de la ségrégation raciste caractérisée. De la part, jour après jour, d’une agence semi étatique de presse et de l’ensemble des media généralistes d’un même pays, ceci procède, sans l’ombre d’un doute, à de l’incitation à la haine ethnique. Dirigée contre les Juifs, cela porte le nom d’antisémitisme et d’incitation à l’antisémitisme.
Dans l’attente, de la part de l’Agence France Presse, d’un décompte scrupuleux et précis, dans chaque article, des victimes palestiniennes des terroristes palestiniens, j’en appelle à une prise de conscience des nombreux confrères ainsi que des non moins nombreux responsables politiques parmi les lecteurs de la Ména. Vos témoignages de synchronisme avec nos analyses, exprimés entre quatre yeux, votre amitié, nous sont certes précieux. Mais il est temps que vous fassiez face à vos responsabilités. Vos confidences ne suffisent plus, alors que, dans le domaine public, ces déséquilibres racistes s’expriment au quotidien. Aux premiers de dépasser leurs préoccupations alimentaires, faute de quoi, ils auront de quoi manger mais n’auront plus où vivre. Aux seconds, de sortir des tranchées, de ne plus se contenter de parler à demi-mot, de ne plus se satisfaire ni de mesures policières de défense des Juifs, ni des réponses évasives sur les questions du fond de la poubelle données par Messieurs Chirac, Villepin et leurs amis.
Le monstre n’est pas à la porte, il est dans la maison.
Notes :
[1] En l’occurrence, il s’agit, pour la plupart, de membres des Brigades des Martyrs d’Al-Aksa, organisation classée terroriste par les instances internationales.
Deux éléments intéressants sont à remarquer à ce sujet : premièrement, les media français ont longtemps mis en doute l’allégeance opérationnelle des Brigades à leur organisation-mère, le Fatah. Force est aujourd’hui de constater que ces terroristes ont répondu présents à la 1ère injonction de l’Autorité Palestinienne, d’aller faire face aux miliciens du Hamas à Gaza.
Deuxièmement, la plupart de ces renforts viennent de Cisjordanie, d’où ils ont été transportés à Gaza avec l’accord des autorités israéliennes. Accord s’inscrivant dans un effort de soutien au président Abbas.