Pourquoi l’Iran veut la bombe : l’effrayante vérité

Publié le par Ofek

Amir Taheri

 

 

 

A. Taheri est l’ancien directeur éditorial de Kayhan, le plus grand quotidien d’Iran.

 

 

 

Il vit actuellement en Europe.

 

 

 

 

 

 

 

The Daily Telegraph

 

 

 

16 Avril 2006

 

 

 

 

 

 

Lundi dernier [10 avril 2006], juste avant qu’il annonce que l’Iran avait forcé la porte du "club nucléaire", Le Président Mahmoud Ahmadinejad a disparu durant quelques heures.

 

 

 

Il s’entretenait en tête-à-tête (khalvat) avec l’Imam caché, le 12ème et le dernier des imams du Chiisme, entré en "grande occultation" en 941 de notre ère.

 

 

 

 

 

 

 

Selon les traditions chiites, le 12ème Imam est un personnage messianique ('Mahdi') qui, quoique se trouvant dans un lieu secret, demeure le véritable Souverain du Monde.

 

 

 

Dans chaque génération, l’Imam choisit 36 hommes [1] (et non des femmes, pour des raisons évidentes), qu’il appelle les owtad ou "clous", dont la présence, enfoncée au marteau dans l’existence de l’humanité, empêche l’univers de s’effondrer.

 

 

 

Même si les clous ne sont pas connus du commun des mortels, il est possible d’en identifier un, de temps en temps, grâce à ses actes.

 

 

 

C’est sur cette base que les plus fervents admirateurs d’Ahmadinejad affirment avec assurance qu’il est un "clou", assertion que l’intéressé ne dément pas.

 

 

 

Par exemple, il affirme qu’en septembre dernier, alors qu’il s’adressait à l’Assemblée Générale des Nations Unies, à New York, « l’Imam caché avait baigné ce lieu dans une douce lumière ».

 

 

 

 

 

 

 

L’année dernière, c’est après un autre khalvat [tête-à-tête] qu’Ahmadinejad annonçait son intention de se présenter à la présidence. Aujourd’hui, il se vante de ce que l’Imam lui a donné la présidence dans le seul but de provoquer un "choc de civilisations", au cours duquel le monde musulman, dirigé par l’Iran, s’en prendra à l’Occident "infidèle" dirigé par les Etats-Unis, et le vaincra dans un combat lent et prolongé que l’on nomme, en jargon militaire, un conflit asymétrique de basse intensité [1]. 

 

 

 

 

 

 

 

Selon l’analyse d’Ahmadinejad, la "superpuissance" islamique montante a des avantages décisifs par rapport aux infidèles.

 

 

 

L’islam a quatre fois plus de jeunes hommes en état de combattre que l’Occident, dont les populations vieillissent.

 

 

 

Des centaines de millions de musulmans "ghazis" (attaquants sacrés) sont impatients de devenir martyrs, alors que les jeunes infidèles occidentaux, qui aiment la vie et craignent la mort, détestent combattre.

 

 

 

De plus, l’islam a les quatre cinquièmes des réserves mondiales de pétrole, et contrôlent donc l’élément vital des infidèles.

 

 

 

Plus important encore, les Etats-Unis, la seule puissance infidèle encore capable de combattre, est haïe par la plupart des nations.

 

 

 

 

 

 

 

Selon cette analyse, relayée dans les commentaires du gourou d’Ahmadinejad en matière de stratégie, Hassan Abassi, désigné comme le "Dr Kissinger de l’islam", le Président George W. Bush est une aberration, une exception à la règle selon laquelle tous les Présidents, depuis Truman, "ont abandonné la partie" quand ils ont été confrontés à de sérieux revers sur le front extérieur.

 

 

 

Par conséquent, l’actuelle stratégie de l’Iran est d’attendre le départ de Bush.

 

 

 

Et ce délai, par "une divine coïncidence", correspond au temps dont l’Iran a besoin pour développer son arsenal nucléaire et concurrencer le seul avantage dont bénéficient les infidèles.

 

 

 

 

 

 

 

Quelque temps après qu’Ahmadinejad eut annoncé "le miracle atomique", le directeur du projet nucléaire iranien, Ghulamreza Aghazadeh, dévoilait que la fabrication de 54.000 centrifugeuses était prévue, dans le but d’enrichir assez d’uranium  pour équiper des centaines d’ogives nucléaires.

 

 

 

Et Aghazadeh de se vanter : « Nous en sommes à la production de masse ».

 

 

 

 

 

 

 

Le plan iranien est simple : jouer le jeu diplomatique durant deux autres années, en continuant à développer des armes nucléaires jusqu’à ce que Bush devienne un "canard boiteux", incapable d’entreprendre une action militaire contre les mollahs.

 

 

 

 

 

 

 

Aussi, ne soyez pas surpris si, au terme des 12 jours restant à courir jusqu’à la date limite fixée pour déférer l’Iran devant le Conseil de Sécurité [2], Ahmadinejad annonce une "suspension temporaire" de l’enrichissement d’uranium, en tant que "mesure destinée à créer un climat de confiance". Ne soyez pas surpris non plus si, un jour de juin, il accepte de demander au Majlis (le Parlement iranien) d’envisager la signature des protocoles du Traité de Non-Prolifation Nucléaire (TNPN).

 

 

 

 

 

 

 

De telles manœuvres permettront au directeur de l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA), Mohammed El-Baradei, et au secrétaire du Foreign Office, Jack Straw [3], de féliciter l’Iran pour son "geste positif" et de fustiger les bruits de sanctions, et à plus forte raison d’action militaire.

 

 

 

Les mesures destinées à créer un climat de confiance n’aboutiront à rien, mais leur annonce suffira à dissuader le sommet du G8, qui se tiendra en Russie en juillet, d’agir contre l’Iran.

 

 

 

 

 

 

 

En attendant le départ de Bush, la République islamique fait tout son possible pour consolider ses acquis dans la région.

 

 

 

Les changements de régime à Kaboul et à Baghdad ont modifié le status quo au Proche-Orient.

 

 

 

Alors que Bush est déterminé à créer un Proche-Orient démocratique et pro-occidental, Ahmadinejad est tout aussi déterminé à ce que la région demeure islamique et pro-iranienne.

 

 

 

Aujourd’hui, la présence iranienne est la plus importante en Afghanistan et en Iraq, après celle des Etats-Unis.

 

 

 

L’Iran a fait de la Syrie et du Liban ses lignes extérieures de défense, si bien que, pour la première fois depuis le VIIe siècle, il est militairement présent sur le littoral méditerranéen. Au cours d’un rassemblement politique de masse à Téhéran, la semaine dernière, Ahmadinejad a également pris en main la "Cause de Jérusalem", qui inclut la destruction d’Israël "dans une tempête", tout en lançant une OPA sur le gouvernement du Hamas assoiffé d’argent liquide, en Cisjordanie et dans la Bande de  Gaza.

 

 

 

 

 

 

 

Ahmadinedjad a également réactivé les réseaux des organisations chiites au Bahrein, au Kuwait, en Arabie saoudite, au Pakistan et au Yémen, tout en renouant le contact avec des groupes fondamentalistes en Turquie, en Egypte, en Algérie et au Maroc.

 

 

 

 

 

 

 

Dès l’enfance, on apprend aux garçons à cultiver deux qualités.

 

 

 

La première est l’entezar, la capacité d’attendre patiemment le retour de l’Imam.

 

 

 

La seconde est le taajil, les actes indispensables à hâter ce retour.

 

 

 

Car le retour de l’Imam coïncidera avec une bataille apocalyptique entre les forces du mal et celles du bien, qui se terminera par la déroute du mal.

 

 

 

Si l’infidèle perd son avantage nucléaire, il peut être vaincu à l’usure par une guerre longue et de basse intensité, au terme de laquelle la reddition à l’islam apparaîtra comme la moins mauvaise des options.

 

 

 

Et ce pourrait être un signe pour la réapparition de l’Imam.

 

 

 

 

 

 

 

En même temps, pour ne pas que l’on oublie le devoir de hâter la seconde venue du Mahdi, Ahmadinejad poursuivra ses provocations.

 

 

 

Lundi [10 avril], il était plus direct que jamais : « A ceux qui sont en colère contre nous, nous n’avons qu’une chose à dire : fâchez-vous jusqu’à mourir de colère ! »

 

 

 

 

 

 

 

Son conseiller, Hassan Abassi, est un peu plus explicite. « Les Américains n’ont pas de patience », affirme-t-il, « dès le premier revers, ils quittent le terrain. Nous, par contre, savons être patients. Nous avons tissé des tapis durant des milliers d’années. »

 

 

 

  

 

 

 

Amir Taheri *

 

 

 

 

 

 

 

© The Daily Telegraph 

 

 

 

  

 

 

 

Notes de la Rédaction d’upjf.org

 

 

 

 

 

 

 

[1] Voir, sur notre site, l’article d’Olavo de Carvalho, intitulé "L'arme de la 'guerre asymétrique'".

 

 

 

[2] Rappelons que l’auteur a rédigé cet article vers la fin de la première quinzaine d’avril. Sa prophétie ne s’est pas avérée.

 

 

 

[3] Autre prévision qu’il faudra transférer sur le successeur de Jack Straw, "démissionné" depuis par Tony Blair.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mis en ligne le 15 mai 2006, par M. Macina, sur le site upjf.org

 

 

 

Texte original anglais : "The frightening truth of why Iran wants a bomb".

 

 

 

 

 

 

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Publié dans Iran - Syrie

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