Paris brûle !

Publié le par Ofek

Par Jean Tsadik - Metula News Agency

 

Israël Defense

 

 

Beaucoup de réactions à l’article de Stéphane Juffa [Paris brûle-t-il ?], dans lequel mon ami affirmait que les soi-disant attaques – ou attaques simulées – d’avions F-15 israéliens, le 31 octobre dernier, contre une position tricolore du Liban-Sud, dénoncées par la ministre française de la Défense du haut de la tribune de son parlement, n’avaient jamais eu lieu.

 

 

Rien de plus normal que ces réactions au discours de Madame Alliot-Marie du 8 courant. En principe, en pays civilisé, on ne dénonce pas un acte de guerre, en risquant ainsi une confrontation militaire, sans savoir de quoi on parle. En l’occurrence, la ministre a fait preuve d’une immense irresponsabilité frisant le délire, et les lecteurs ont de quoi être surpris. Même – et c’est très distrayant pour nous – au point d’atténuer nos affirmations, lorsqu’ils s’en ouvrent à des tiers, ou de les mettre au conditionnel.

 

 

Reste qu’un acte a soit eu lieu soit pas. Il n’existe, pour autant que mes connaissances soient à jour, pas d’acte qui ait lieu sans vraiment avoir lieu. Pas dans les domaines militaire et tactique, que je me targue – faute de ne saisir quoi que ce soit en droit, en botanique ou en sport – de maîtriser un peu.

 

Bien entendu, les choses auraient déjà été beaucoup plus claires si les media nationaux français avaient répercuté le communiqué de l’Armée de l’Air Israélienne, qui niait catégoriquement et officiellement avoir pratiqué ces « attaques ».

 

La réponse de la Khel Avir (l’Armée de l’Air Israélienne ) se trouve pourtant dans le papier de Juffa, mais les relations médiatiques entre les deux pays sont à ce point dégénérées que nos confrères de l’Hexagone s’octroient désormais la liberté rédactionnelle d’omettre de répercuter ce qui gêne leurs sympathies, leurs théories ou celles de leur gouvernement.

 

Les media français se sont donc contentés de ne faire mention que des accusations de Madame Alliot-Marie sans faire état de la réaction des agresseurs présumés. Les plus éclairés ont brièvement relaté les dires de l’ambassadeur israélien à Paris qui, fort à propos, et afin de briser la spirale engagée par le gouvernement français, menant irrémédiablement à une confrontation, n’a pas jugé bon de rajouter de l’huile sur le feu ni de mettre, sur la place publique, ses interlocuteurs face à leur inconséquence.

 

 

Mais voilà, à la Ména, nous ne sommes pas des diplomates. Des analystes et des journalistes, certes, mais pas des ambassadeurs. Aussi, nous vous soumettons ci-après les rapports quotidiens de la Force d’Intervention des Nations Unies au Liban, autrement dit la FINUL, à laquelle participe le contingent français qui aurait subi l’assaut de nos F-15. D’après la ministre, c’est au sang-froid de ces hommes que l’on doit de ne pas se trouver en conflit ouvert entre la France et Israël.

 

Ce rapport quotidien nous a été glissé sous la main par nos amis à la FINUL eux-mêmes, qui sont dégoûtés par les illuminations françaises et qui craignent un affrontement avec Tsahal, qui serait totalement stupide et qui laisserait assurément des camarades morts pour rien sur le terrain.

 

Je publie les remarques pertinentes pour la période courant du 17 octobre au 7 novembre de ces rapports. Mais ils sont publics et peuvent être consultés par quiconque dispose d’un accès à l’Internet à l’adresse :  http://www.un.org/depts/dpko/missions/unifil/unifilpress.htm :

 

 

7 November 2006

 

IDF withdraws from most of the surrounding area of Ghajar village this afternoon

 

3 November 2006

 

9,500 UNIFIL troops from 20 countries deployed

 

26 October 2006

 

UNIFIL, LAF and IDF discuss the situation around Ghajar

 

24 October 2006

 

UNIFIL Force Commander voices serious concern over increasing number of Israeli air violations - UNIFIL Celebrates United Nations Day in Naqoura - UNIFIL and Lebanese Navy carry out Command Amphibious Exercise

 

17 October 2006

 

UNIFIL, LAF and IDF discuss security arrangements for Gadjar

 

 

Le 31 octobre : rien. Pas plus que les jours qui précèdent ni ceux qui lui succèdent. Encore, nos sources auprès des forces de l’ONU me demandent-elles de préciser trois points qui sont effectivement importants :

 

A) La FINUL ne fait pas de politique, ses communiqués rapportent des faits, tous les faits significatifs qui se déroulent sans sa zone, ne se souciant que de leur exactitude.

 

B) Si le 31 octobre dernier, un détachement de la FINUL avait été « à 2 secondes d’ouvrir le feu » contre des appareils israéliens ou s’il avait fait l’objet d’une attaque ou d’une simulation d’attaque, il ne fait aucun doute que cet événement aurait figuré dans le communiqué journalier.

 

C) Aucun communiqué émanant d’aucun autre centre de communication de l’ONU, à New York ou ailleurs, ne mentionne cette attaque des avions israéliens.

 

 

Nos contacts à la FINUL nous font remarquer que l’incident rapporté par la ministre française, s’il s’était réellement produit, aurait constitué l’événement le plus grave survenu à la force d’intervention depuis son déploiement cette année.

 

 

Il y a plus grave encore

 

La ministre, son gouvernement et son armée, avec la mauvaise foi qui caractérise cet establishment ainsi que la presse servile qui lui sert de relais sur les questions internationales, aurait pu – sans le moindre scrupule – parler d’un oubli ou d’une erreur dans la communication de l’ONU.

 

Mais c’est impossible en ce qui concerne cette malversation-ci, car l’incident qu’a décrit Mme Alliot-Marie, en termes stratégique et tactique est invraisemblable.

 

 

Pourquoi donc ?

 

Parce que le F-15 Eagle est l’appareil utilisé par la Khel Avir pour lui assurer la supériorité aérienne. Plus simplement dit : le F-15 est un chasseur – un avion qui s’attaque aux avions ennemis – pas un bombardier – un appareil qui détruit des cibles au sol.

 

Il existe bien une exception à cette constatation générale : le F-15 type “E”. Mais si le type E, spécialement développé par les Américains pour répondre aux contraintes imposées par les stratèges de Tsahal, peut attaquer des positions au sol, c’est uniquement dans une configuration très spécifique : les bombardements d’objectifs à grandes distances. En un mot, les installations de destructions massives en Iran. Lors, le F-15 E est conçu pour emporter des missiles et des bombes intelligentes, mais ne dispose pas de canon d’attaque au sol ou d’attaches pour des roquettes, comme l’aurait nécessité la manœuvre décrite par la ministre aux armées. Une attaque telle celle qu’elle a décrite ne peut en aucun cas être réalisée par des F-15. Pas par les types A, B, C, D, parce que ces appareils ne sont pas dotés d’armes d’attaque au sol et pas par le type E, pour les raisons que je viens d’indiquer. Ceux qui doutent de notre bonne foi ou de notre compétence iront se persuader que nous écrivons vrai sur le site du constructeur des F-15, la société Boeing [ici].

 

Quant à la possibilité de « singer » l’attaque d’une position française sans avoir les moyens de la détruire ni de se défendre, si cela avait été le cas, le chef de la Khel Avir aurait, depuis longtemps, été prié de présenter sa démission. Probablement le ministre israélien de la Défense aussi.

 

Parce qu’il n’y aucune raison d’attaquer une position de la FINUL.

 

Parce que le Hezbollah et l’armée libanaise ne disposent pas de base de missiles antiaériens que nous aurions pu confondre avec celle des militaires français.

 

Parce que, pour risquer – à 2 secondes près – un tir de missile et partant, une altercation avec l’armée française, il faudrait être complètement cinglé, être prêt à perdre – pour rien – un pilote ainsi qu’un avion valant au bas mot 35 millions de dollars…

 

Si les Israéliens ont parfaitement gardé leur calme face aux accusations de Paris, c’est parce que le risque réel d’un incident entre la Khel Avir et la DCA française n’existe pas. Les deux évoluent dans deux sphères différentes, à deux fractions d’altitude différentes, qui rendent le rapport de l’armée française aussi crédible que l’histoire du Petit Chaperon Rouge.

 

En effet, les missiles déployés par le contingent tricolore ont une portée de l’ordre maximal de 8 000 pieds, soit environ 2 600 mètres. Quant aux F-15 d’observation, que tous les habitants et soldats de la région voient passer, par paires, très haut sur nos têtes, quasi quotidiennement, ils évoluent entre 50 et 70 000 pieds, soit de 16 à 23 000 mètres. Les mordus pourront consulter, sur le site de l’US Air Force, la description des missions qui peuvent être dévolues au F-15.

 

 

Dans ces conditions, les missiles français ne servent à rien – on se demande d’ailleurs contre quel péril ils ont été déployés, aucun parti hostile de la région n’étant capable de lancer un raid aérien si près de la frontière israélienne ! – le seul risque, pour ceux qui les tireraient, consisterait à se les ramasser sur la figure lors de leur chute.

 

Quant aux F-15 d’observation, il ne sert même à rien de les armer, puisqu’ aucun avion ennemi ne peut atteindre leur altitude suffisamment rapidement pour les ennuyer, et qu’aucun missile aux mains de nos ennemis n’est capable d’atteindre de semblables altitudes.

 

 

L’avion d’attaque au sol, c’est le F-16, Madame…

 

Qu’un ministre de la Guerre s’y entende peu en matière militaire, c’est inquiétant mais somme toute compréhensible. Ce qui l’est moins, c’est que ses conseillers l’aient laissée s’enfoncer dans de telles fariboles. L’armée française sait fort bien que l’appareil que Tsahal utilise pour ses attaques au sol est le F-16. Un avion qui n’a rien en commun avec l’autre et que n’importe qui de non entraîné est capable de différencier à l’œil nu.

 

Ce sont des F-16 qui avaient, le 7 juin 81, attaqué et détruit le réacteur Osirak-Tamouz près de Bagdad.

 

Mais ce qui est plus intéressant, dans l’étude du cas qui nous occupe, c’est que le F-16 israélien  est spécialement doté d’armes mises au point afin de détruire des missiles sol-air tels que ceux qui auraient servi de cible à notre attaque. Ce sont des F-16 qui ont, à ce propos, anéanti les bases de missiles syriens dans la plaine de la Bekaa, lors de l’opération Drugstore en 1983-84.

 

La règle d’or en la matière, c’est de détruire les bases de missiles sans avoir à pénétrer dans leur cône d’efficacité, soit sans avoir à mettre en danger les pilotes et leurs montures. Et Israël se distingue dans cet exercice, puisqu’elle n’a sacrifié aucun appareil lors des 10 000 dernières sorties de ses avions !

 

Dans ces conditions, risquer des pertes, juste pour emm… les Français, c’est une idée qui se situe à 180 degrés de la doctrine de la Khel Avir, comme les chiffres l’établissent.

 

 

De plus, la « posture d’attaque », « extrêmement claire » « en piqué puis redressement immédiat », expliquée par Mme Alliot-Marie est une manœuvre antique, jamais plus utilisée par une armée de l’air moderne pour neutraliser une base de missiles sol-air. Elle implique l’usage de canons et de roquettes, et pourquoi pas des arcs et des flèches ?

 

 

La France se trompe de rôle au Liban…

 

J’espère que ces quelques explications auront suffi à persuader les plus circonspects de la vacuité des accusations françaises. Le rédacteur en chef m’a demandé de rester lisible par le commun des mortels, aussi ne vais-je pas en ajouter. Il me semble d’ailleurs que c’est inutile, tant les faits contrôlables parlent d’eux-mêmes.

 

 

Je ne vais pas non plus me hasarder sur le terrain de l’explication politique de ces accusations en l’air proférées face à l’hémicycle. Je me contenterai de remarquer que le gouvernement Villepin s’échine, depuis le déploiement du contingent français dans notre région, à s’opposer au survol du Liban par nos avions de reconnaissance. Cette fois, pour marquer le coup, il n’a pas hésité à inventer une « presque confrontation » qui ne pouvait techniquement pas se produire.

 

Avec tous les corps armés présents dans notre région de la frontière israélo-libanaise, ces gens jouent avec des allumettes, assis sur un baril de dynamite.

 

De la part de gouvernants, c’est à peine croyable. Mais cette campagne a débuté bien avant « l’agression du 31 octobre » et se poursuit depuis lors.

 

C’est le chef des Casques bleus au Liban (FINUL), le général Alain Pellegrini qui a pris la relève de sa ministre, à la fin de la semaine dernière, en accordant une interview au Figaro.

 

Pellegrini a « du mal à les comprendre (les Israéliens. Ndlr).

 

Ils nous disent qu’ils vont continuer ces survols tant qu’ils n’auront pas récupéré leurs deux soldats enlevés par le Hezbollah. D’autre part, il semble qu’ils aient des informations sur des livraisons d’armes au Hezbollah via la frontière syro-libanaise. Tant que ces passages d’armements continuent, nous disent-ils, ils survoleront le Liban ».

 

Et qu’est-ce donc qu’il a du mal à comprendre, ce brave homme ? Que nous désirons que nos soldats nous soient restitués ou que les livraisons d’armement au Hezbollah nous préoccupent ?

 

Il serait temps que Pellegrini consulte au moins une fois l’énoncé de la résolution 1701 qu’il est censé faire appliquer, avant de prendre sa retraite à Noël. Il sera étonné de constater que celui-ci prescrit précisément ce qu’il ne comprend pas chez les Israéliens. Peut-être, dans la foulée, saisira-t-il que son mandat ne consiste pas à protéger les terroristes du Hezbollah pour les aider à reconstituer leur arsenal mais à permettre à l’Etat libanais de se débarrasser des groupes armés agissant sur son territoire et d’empêcher le trafic d’armes à ses frontières.

 

Or, selon des sources proches des renseignements US, allemands et israéliens, les Fous d’Allah auraient amassé au Liban, depuis le déploiement des Casques bleus, quelques 20 000 roquettes et missiles contre 10 000 avant le déclenchement du dernier conflit. Et ces derniers jours, les ministres du Hezb ont quitté le gouvernement Siniora, mettant clairement en joue les autorités de Beyrouth. Nasrallah parle désormais sans ambages de « conquête du pouvoir ».

 

Alors Pellegrini saisira toute l’incongruité de la réponse qu’il a faite à notre confrère Georges Malbrunot du Fig. et il comprendra pourquoi, effectivement, nous ne lui accordons aucune confiance :

 

« Nous n’avons pas fouillé de véhicules. Des armes, en revanche, nous en avons observé, dont certaines ont été saisies le lendemain par l’armée libanaise. Jeudi soir, une de nos patrouilles a découvert un dépôt de roquettes dans l’est de la zone. Nos hommes sont restés à proximité durant la nuit pour qu’il n’y ait pas de déménagement (…) ».

 

Quant à un éventuel recours à la force, cet étrange général ne l’envisage que contre l’une des parties en présence : Israël.

 

Notez bien les termes confus dans lesquels s’exprime Pellegrini ainsi que sa méconnaissance crasse de l’altitude à laquelle se déroule l’activité aérienne au-dessus de ses soldats :

 

« Excluez-vous le recours à la force contre une des parties en conflit ? (Malbrunot.Ndlr.)

 

Non, je ne l’exclus pas. Le recours à la force est inclus dans nos règles d’engagement. Mais c’est un recours ultime. Avant cela nous avons tout un système de gradations. Fin octobre, nous avons frôlé l’incident, lorsque des militaires français se sont sentis menacés. Ils ont pris leurs dispositions. Ils doivent assurer leur autodéfense. Il y a une différence entre le survol d’un avion à cinq mille mètres d’altitude et un appareil qui se met en configuration quasiment d’attaque. Si on a évité l’incident, c’est parce que les militaires français ont fait preuve de beaucoup de retenue et de sang-froid ».

 

A notre avis, la raison est plutôt à trouver dans ce que ses missiles tirent heureusement 13 000 mètres trop bas.

 

Mais pour plus de sécurité, j’adhère à la conclusion de Juffa : il faut retirer le contingent français de la FINUL au plus pressé. Car c’est d’une force qui comprend son mandat dont la région a besoin, et pas de Tartarins de tous les dangers. Surtout lorsqu’ils sont poussés au pantalon par un pouvoir à l’agonie qui rêve d’une confrontation limitée avec l’Etat hébreu quitte à la provoquer.

 

Que Mme Alliot-Marie commence par expliquer aux ingénieurs de Boeing où on peut accrocher une roquette sous le ventre d’un F-15 !

 

Dommage qu’elle ridiculise de la sorte une armée qui ne mérite pas ce genre de plaisanteries. Je veux parler de la sienne, bien entendu.

 

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Publié dans Israël

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