Abbas marque des points
Sami El Soudi - Metula News Agency - Desinfos.com
Ce mercredi matin, à Khan Younès, au sud de la bande de Gaza, quatre inconnus ont tué par balles le juge au tribunal islamique et membre influent des réseaux armés du Hamas, Bassam El-Farah. Les tireurs ont tendu une embuscade, criblant El-Farah de projectiles dès que ce dernier eut quitté son véhicule pour se rendre au tribunal.
Cet assassinat est lié à celui des trois enfants d'un officier supérieur des services de renseignements du Fatah, Baha Baalouche, voici deux jours.
C'était en fait l'officier en question qui était visé et sa progéniture a été occise à sa place.
Lors de ce précédent, qui s'était déroulé en plein centre de la ville de Gaza, le chauffeur de Baalouche avait également perdu la vie, et quatre autres jeunes passants ainsi qu'un garde du corps avaient été blessés à des degrés divers. Les morts se trouvaient à l'intérieur de la limousine qui les emmenait à leur école et qui venait de quitter le domicile familial. Les enfants décédés étaient respectivement âgés de 3, 6 et 10 ans.
Au-delà des tergiversations habituelles qui entourent ce genre d'événements, les islamistes et le Fath' se rejetant mutuellement la responsabilité des violences, nous sommes en mesure d'affirmer qu'El-Farah était directement lié à la mort des trois enfants.
Suite au guet-apens de ce matin, la sécurité présidentielle a établi des barrages dans toute la bande de Gaza. La « résistance islamique » n'est pas demeurée en reste, puisque ses propres miliciens ont, en divers endroits, formé leurs propres points de contrôle, généralement en face de ceux du président Abbas.
Bien sûr, la plupart des media arabes et occidentaux se contentent aujourd'hui de signaler que la guerre civile inter palestinienne n'a jamais été plus proche. C'est certes là un fait indiscutable mais qui ne suffit pas à relater la situation nouvelle qui prévaut entre les deux grands pôles politiques et armés de l'Autonomie Palestinienne.
En fait, un nouveau rapport de forces s'est instauré à Gaza, et ces escarmouches sanglantes ne constituent que son pâle reflet sur le terrain.
C'est il y a quinze jours que le changement est intervenu, au moment de l'annonce d'un « cessez-le-feu » par Ehoud Olmert et Mahmoud Abbas.
Si j'ai mis cessez-le-feu entre guillemets, c'est que cette appellation est en vérité usurpée : elle a servi à asseoir la prédominance militaire du Fatah et du président de l'AP à Gaza et non à faire cesser les tirs de Qassam sur Israël. Il n'est, pour s'en convaincre, que de constater que cinq de ces roquettes se sont abattues sur le Néguev occidental dans la seule journée d'hier et que l'armée israélienne n'est pas intervenue.
En fait de cessez-le-feu, il s'est agi d'une manœuvre conjointement décidée par les conseillers de messieurs Abbas et Olmert.
Avant celle-ci, on trouvait dans la « bande » environ 4 000 hommes en armes côté islamique et un peu moins dans le camp du Fatah.
La supériorité qualitative du millier de combattants de la Sécurité Préventive de Mohammed Dahlan était compensée par la plus grande motivation - il vaudrait mieux, dans le cas présent, parler de fanatisme sur base religieuse - des hommes du Hamas et du Jihad Islamique. Ajoutée à la perméabilité croissante de la frontière avec l'Egypte et aux livraisons d'armes qu'elle favorise, cela permettait au 1er ministre Hanya de tenir tête au président, et l'issue d'une éventuelle passe d'armes entre les deux clans était largement incertaine.
Or, en divers points de la Cisjordanie, des moniteurs occidentaux, américains pour la plupart, avaient entraîné des milliers de policiers et d'agents des forces spéciales de la présidence, les dotant également d'un armement à jour.
L'enjeu des discussions entre l'entourage d'Olmert et celui d'Abbas consistait à les transférer, en passant sur le territoire de l'Etat hébreu, jusqu'à Gaza. Il fallait, de plus, que ce transfert n'ait pas l'apparence d'une coopération entre Abou Mazen et les Israéliens, afin que le président ne passe pas pour un traître aux yeux d'une portion non négligeable de la population palestinienne.
On inventa donc le prétexte parfait : un cessez-le-feu bilatéral qui obligeait à renforcer les rangs de la police pour empêcher les tirs de Qassam.
Ajoutons, pour la petite histoire - qui n'est pas forcément la moins significative -, que les équipes du Fatah et des Israéliens ont travaillé dur et dans un climat qu'on aurait aisément pu prendre pour de la cordialité. J'ai eu l'occasion d'assister à un bout de l'une de leurs réunions, et je n'y ai remarqué que des sourires satisfaits.
D'ailleurs, Mahmoud Abbas se félicite lui aussi de l'atmosphère de ces réunions, qui se poursuivent en outre à un rythme soutenu et à un niveau élevé.
Je peux ainsi annoncer qu'une rencontre Abbas-Olmert est pour très bientôt ; elle aura probablement lieu en marge de la prochaine visite de la Secrétaire d'Etat U.S Condoleeza Rice et ne se limitera pas à une prise de contact symbolique.
S'il n'est pas en mesure de faire respecter la trêve - comment voulez-vous que ces policiers frais émoulus de brefs camps d'entraînement réussissent là où Tsahal échoue depuis des années ! - le déploiement de ces 8 000 hommes supplémentaires à Gaza a totalement modifié la donne. A présent, en cas d'affrontement, il est certain que les forces de la présidence auraient l'avantage.
De plus, Abbas, qui faisait mine de rechercher à tout prix la constitution d'un gouvernement d'union nationale - encore appelé pudiquement « cabinet de technocrates » - avant le cessez-le-feu, a, immédiatement après le déploiement de ses troupes, totalement abandonné cette perspective.
Il faut souligner à ce propos sa constance : ses conditions face au Hamas sont restées inchangées tout au long des discussions, à savoir la reconnaissance des traités existants et celle de l'Etat d'Israël.
Lorsque Hanya, à Damas puis à Téhéran, s'est prononcé pour la poursuite de la lutte jusqu'à l'éradication de nos voisins, ceci a marqué pour Abbas la fin de ses efforts.
Afin de ne pas le présenter isolé face à Hanya et Mashal, le Conseil exécutif de l'OLP s'est réuni le vendredi 1er décembre et à rejeté sur le Hamas la responsabilité de l'échec des pourparlers en vue de l'union nationale.
Sur le coup du transfert des 8 000 policiers à Gaza - par le plus fécond des hasards - le Conseil, au grand complet, s'est enhardi à exiger la démission d'Ismaïl Hanya.
Par le même « hasard », les manifestations des fonctionnaires impayés ont, dès le lendemain, redoublé d'intensité face aux bâtiments occupés par les ministres du Hamas.
Au cours de cette réunion du Conseil, Taysir Khaled, l'un de ses membres proéminents, a cité Mahmoud Abbas, affirmant que le président avait déclaré « qu'il n'y aurait plus de dialogue avec le Hamas, que le dialogue était clos et que le Hamas portait la responsabilité de l'échec des négociations ».
Le danger de la prise du contrôle par les armes du Hamas étant désormais écarté, on s'attend maintenant à ce qu'Abbas, revigoré par ces bonnes nouvelles, annonce prochainement la tenue d'un référendum populaire qui demandera à la population son accord pour procéder à des élections anticipées.
Pour Saëb Erekat, membre de la direction du Fath', cette décision est « pour très bientôt ».
Dans l'entre-temps, côté Hamas, on a instantanément évalué le péril représenté par le nouveau rapport de forces à Gaza.
Hanya, ce matin, excluait l'idée d'un recours aux armes ; de plus, il oeuvrait pour accélérer l'échange des prisonniers contre le caporal Shalit, et j'ai même appris qu'il avait donné des instructions pour réduire sensiblement le nombre des tirs de Qassam.
Mais ce sont les hommes du Fatah qui ont repris l'initiative sur le terrain. Cela est apparu clairement lorsque les 12 000 membres des forces de l'ordre se sont positionnés, il y a quelques jours, dans toutes les zones de la bande, y compris celles traditionnellement tenues par les islamistes. Cette prise de contrôle n'a engendré aucune réaction majeure de la part du Hamas.
Dans l'entourage du président, certains attendent en trépignant « le prétexte d'en finir militairement » avec les militants de l'autre bord, qui les ont copieusement humiliés depuis les élections législatives.
Le non-paiement des salaires des quelque 140 000 fonctionnaires et le mécontentement qu'il occasionne assurent à M. Abbas le soutien de la base, quelle que soit la tournure des événements, que cela se passe dans les urnes, ou à coups de fusils mitrailleurs.
Etant bien évidemment posé que, quelles que soient les ressources dont dispose la présidence, elle n'a aucune intention de verser les traitements en retard des fonctionnaires avant que les choses ne se décantent en sa faveur...
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