Guerre et éthique : L'heure des bilans
Yitshak Adda - Président du Forum Leatid Israël - Arouts Shéva

Jamais depuis la guerre d'Indépendance, Israël n'a été aussi menacé.
Et jamais la défiance de la population vis-à-vis de ses dirigeants n'a été aussi grande.
A la corruption qui gangrène les centres névralgiques de l'Etat, s'ajoute désormais le sentiment de l'incompétence et de l'incurie, de l'incohérence et de l'indécision.
Pire, la zone d'influence du doute, qui se limitait jusqu'à présent à la sphère gouvernementale, s'étend désormais aux responsables de la sécurité du pays, à son système de défense jusque là imperméable à la critique, à l'institution qui symbolisait jusqu'il y a peu l'immunité et la cohésion du pays.
De la destruction du Goush Katif au fiasco libanais, la route n'a pas été longue.
Une armée qui se laisse manipuler à des fins de politique intérieure, une armée dont les responsables, à peine nommés, sont obnubilés par les perspectives de carrière politique qui ne manqueront pas de s'offrir à eux par la suite, une armée dont les mêmes responsables répugnent à tirer les leçons de l'échec militaire, une telle armée ne peut assumer en toute conscience sa mission de défense de pays. Sa tête est ailleurs.
Ce n'est pas la guerre qui érode l'immunité morale d'Israël, comme on se plait à nous le faire croire.
C'est son refus d'employer les moyens qui seuls lui permettraient de gagner la guerre et d'y mettre un terme.
C'est son refus d'éradiquer les bases terroristes ennemies du fait des pertes civiles ennemies qu'une action radicale risquerait de provoquer.
C'est son refus de réagir à chaque roquette qui tombe sur Sdérot et Ashkélon. Comme s'il était normal que le pays soit agressé, comme si l'on pouvait tolérer qu'une partie de sa population puisse vivre sous les bombes.
A l'axiome de la paix possible, discrédité, ceux qui nous gouvernent ont substitué celui de la victoire impossible.
Le ferment de la défaite n'est pas militaire : il réside dans une conception éthique viciée du droit de la guerre.
L'équation morale de cette guerre ne met pas en équivalence les vies civiles de deux parties en conflit :
Elle oppose un peuple pour lequel la vie humaine n'a pas de prix, fut-elle la vie de ses ennemis, à un autre pour lequel la vie humaine ne vaut rien, fut-elle celle de ses propres enfants ;
Un peuple à qui rien n'est pardonné à un autre auquel tout est permis.
Face à la perversité absolue des ennemis d'Israël, les scrupules et la mauvaise conscience ne sont pas de mise.
Pas plus que les calculs politiques et les considérations diplomatiques sur l'après-guerre.
Israël ne doit pas attendre que sa survie soit en jeu pour vaincre son scrupule de vaincre.
C'est sa victoire que le monde attend, par delà les poses indignées et les leçons de morale qu'il prétend nous assigner.
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