La guerre entre Rome et la Perse - Suite
Dans ce monde, une partie de vérité est un mensonge entier !
Lorsque l'on s'ouvre trop sur le monde, on est englouti par lui et lorsque l'on ne cherche que l'homme dans l'homme ont fini par ne trouver qu'une bête !
Si l'enfer est pavé de bonnes intentions, ses routes sont celle de l'humanisme, sur lesquelles s'entrechoquent les voitures de la démocratie après des dérapages dans les tournants du libéralisme.
Quant une maison s'ouvre sans limite aux quatre vents, elle finit par être emportée par la tempête. Mais d'un autre coté, la soumission totale à Dieu, dérive souvent dans le fanatisme et l'obscurantisme.
Lorsque l'on ne cherche plus l'homme dans l'homme, on finit par devenir un inquisiteur qui torture à mort afin de sauver « l'étincelle divine » du pauvre pécheur hérétique.
Lorsque la Loi « oublie » qu'elle s'adresse à des hommes, elle devient la prison mentale où est enfermée la dignité humaine. Alors que faire ?
Avraham sans Ytsrak et risquer de sacrifier son judaïsme sur l'autel de l'humanisme ou, Ytsrak sans Avraham et sacrifier l'homme sur l'autel d'un dieu tyran !
La réponse, qui est « toute » la vérité, est Yaakov.
Yaakov est l'ouverture d'Avraham avec la fermeture d'Ytsrak, l'humanisme nationaliste, l'homme juif avec le juif homme, la terre des hommes avec la terre des juifs, l'ensemble des peuples avec le peuple élu, la dignité humaine avec la Loi de Dieu et la liberté avec la soumission. Bref, l'impossible devenu possible !
Cette utopie devenue réalité s'appelle la Guéoula, la Délivrance finale !
Ce surhomme, qui incarne en même temps toutes les exigences de la condition humaine et toutes les obligations de la royauté divine est le Machia'h, la lumière de Yaakov dévoilée à l'intérieur d'un peuple sur sa terre et inspirant tous les autres.
Tant que le Machia'h n'a pas terminé sa mission, Israël est en exil, parce que ses deux parties, les enfants d'Avraham et ceux de Ytsrak, n'incarnent qu'une demi vérité. Et lorsque la vérité est fragmentée, elle est piétinée par le mensonge.
Chacune de ces deux parties d'Israël va tomber en exil à l'intérieur de l'écorce qui lui correspond.
Les enfants d'Avraham vont être en exil dans l'écorce de Esav, le monde chrétien et les enfants de Ytsrak vont tomber, eux, dans l'écorce d'Ismaël.
Les enfants d'Avraham et ceux d'Ytsrak ne sont donc pas deux facettes différentes de l'identité juive véritable, mais deux facettes d'une l'identité juive morcelée et fragmentée. L'identité juive véritable est celle des enfants de Yaakov, les enfants de la Délivrance, qui viennent sortir de l'exil les enfants d'Avraham et ceux d'Ytsrak.
Le juif de la Guéoula contient en lui les dimensions séfarades et ashkénazes, c'est-à-dire, les étincelles de sainteté qui s'étaient éparpillées et perdues dans le monde, au milieu d'Ichmaël et d'Esav. Cependant, il est étonnant d'affirmer que les enfants d'Ytsrak sont tombés dans l'exil d'Ismaël et ceux d'Avraham dans celui d'Esav. Ytsrak incarne la rigueur et la froideur de la crainte de Dieu. Avraham incarne la joie et la chaleur de l'amour de Dieu.
Le judaïsme séfarade n'est-il pas joyeux et chaleureux, à la différence du judaïsme ashkénaze, plus froid et rigoureux?
Pour répondre à cette question, il faut comprendre les mécanismes profonds de l'histoire véritable, où opère la Main providentielle du Créateur et Maître du monde.
Un principe fondamental permet de comprendre la nature et la religion des peuples : le caractère et la religion d'un peuple sont toujours à l'extrême opposés.
S'il s'agit d'une religion vraie (non idolâtre et respectant les sept lois de Noa'h), elle complète les manques et les imperfections inhérents à la nature du peuple. Le caractère de la nation et sa religion, sont alors comme un couple, où l'homme et la femme se complètent et parachèvent leurs manques, justement parce qu'ils sont différents et, souvent, opposés. Le caractère d'un peuple est sa dimension masculine et sa religion, sa dimension féminine. Si un peuple est dur et rude de caractère, il exprimera la dimension contraire au travers de sa religion. S'il est doux et généreux, il aura une religion dure et rigoureuse.
Ce qui est vrai pour la vérité, l'est aussi pour le mensonge. Les fausses religions sont appelées « Massé'ha », dans la Torah, c'est-à-dire, un masque ! Elles viennent déguiser le peuple en dissimulant ses vrais défauts.
Dans les « religions des masques », un peuple cruel et sanguinaire s'inventera la « religion de l'amour » et celui qui aime la luxure et la jouissance s'inventera la religion de la rigueur et de la soumission totale à Dieu.
Mais le mensonge ressemble tellement à la vérité qu'il devient difficile de savoir si l'on se trouve en présence d'une religion vraie ou fausse.
Puisque la religion est toujours à l'opposé du caractère, comment savoir s'il s'agit d'un masque ou d'un véritable effort de perfection par l'union des contraires ?!
La réponse est extrêmement simple ! S'il s'agit d'un masque, la religion est incapable d'améliorer la nature du peuple. Pire encore, elle ne fait qu'accentuer les pires défauts en leur donnant une fausse et dangereuse légitimité. On pourra donc tuer, massacrer, torturer, au non de l'amour des hommes et pour la gloire du dieu de l'amour ! On pourra diviniser la jouissance, les rêves des mille et une nuits et s'inventer un paradis aux mille vierges au nom de la soumission à dieu et en récompense à s'être fait déchiqueter pour lui !
La « religion des masques » masque les défauts au point que l'on finit par les oublier et pire encore, on finit par se persuader qu'ils sont des qualités !
Attention ! Dans ce monde, mieux vaut un vrai mensonge qu'une fausse vérité, mieux vaut ne croire en rien que de se réfugier derrière une religion-masque.
Nos Maîtres disent, dans le Zohar, qu'Ichmaël est la « klipa du hessed », c'est-à-dire, « l'écorce de l'amour », « l'extériorité d'Avraham ». Cette définition parle du caractère d'Ichmaël et non de sa religion.
Que signifie, « l'écorce de l'amour » ?
C'est exactement la différence entre aimer et s'aimer, entre donner et prendre !
Avraham a dévoilé que « l'autre » avait besoin d'amour, Ichmaël a comprit que l'autre n'était qu'un instrument et un objet de l'amour.
Il est extrêmement important de révéler ici, que la nature d'Ichmaël est profondément et directement liée à son rapport à sa mère et à la vision qu'il a de la femme. Sa mère, Agar est une servante, c'est-à-dire que sa fonction est « d'être utilisée ». De même, dans sa relation à l'homme et son rôle en tant qu'épouse, elle est « utilisée » afin de servir de « matrice » et de « mère porteuse » à Sarah ! Elle n'est pas l'épouse aimée, désirée et respectée, pour elle-même, mais, « celle qu'on utilise pour » : ses bras, pour travailler dans la maison et son « ventre » pour faire des enfants.
C'est cette vision de la femme et de l'épouse qui marque profondément la nature et le caractère d'Ichmaël et, toute sa vie, il verra la femme comme une « servante-matrice ».
Il est donc impossible qu'il puisse aimer la femme, mais il se fera aimer par elle !
Il est clair que tous les hommes perçoivent la femme comme ils ont perçu leur mère ! Pour Ichmaël, les conséquences sont désastreuses : il voile la féminité et lui interdit de montrer son visage, car il a honte de voir en elle la servante qui lui rappelle sa mère ! Puisqu'il ne vit que pour « prendre » de l'amour, il va masquer sa « nudité » en s'inventant la religion de la soumission totale à un dieu impitoyable, toujours en guerre contre les infidèles. C'est pour cela que la Torah le décrit comme un guerrier, car il ne conçoit sa relation à dieu que sur un champ de batailles.
Esav, lui, est tout le contraire !
Nos Maîtres disent qu'il est la « klipa du din », « l'écorce de la rigueur », « l'extériorité de Ytsrak ».
La différence entre la vraie rigueur et « l'écorce de la rigueur », est celle entre faire la justice et se faire justice !
Exactement comme la différence entre aimer et se faire aimer, faire la justice ou se faire justice, donner ou prendre, faire de l'autre le sujet ou l'objet.
Ytsrak a enseigné que « l'autre » avait besoin de justice, mais Esav a comprit que l'autre n'existait que pour lui rendre justice. Ytsrak a enseigné les devoirs de l'homme, Esav n'a que des droits !
Le premier a donné au monde les dix commandements qui expriment tous les devoirs de l'homme, l'autre nous a donné les « droits de l'hommes » et ces « droits » ont fait basculer l'humanité à « gauche » !
Esav est rigoureux dès qu'il s'agit de sa personne, il ne laisse rien passer et ne pardonne rien, mais pour les autres, il va inventer la religion de l'amour et le culte de la misère. L'autre doit « tendre sa joue » à la main qui le gifle, pardonner et aimer celui qui le haï, mais attention à celui qui ose s'approcher d'Esav !
Les « pauvres » sont les enfants de dieu, tant que les caisses du temple débordent de richesses. Il faut pardonner à tous ceux qui nous offensent, tant que les « caves du dieu de l'amour » sont emplies de gens que l'on torture afin de sauver leur âme des « flammes de l'enfer ». Il faut aimer son prochain comme soi même, tant qu'il y a encore assez de bois pour brûler vif ceux qui n'ont pas compris que l'on était déjà entré dans les temps messianiques !
Ichmaël, le « mal-aimé », va inventer la religion de la rigueur et Esav, « l'écorché vif », va porter le masque de l'amour gratuit !
Esav, lui aussi va être marqué par sa mère, Rivka. Lui aussi va voir la femme, comme il a vu sa mère ! Pour lui, la femme est l'ennemi, le danger, la mal ! Effectivement, la relation entre lui et sa mère est extrêmement complexe et tendue et il ne s'en remettra jamais ! Comment peut-il admettre et comprendre que sa propre mère se retourne contre lui et agit activement à sa perte en faisant tout pour que Yaakov prenne sa place ?! Bien sûr, nous donnons à Rivka toutes les bonnes raisons du monde, mais mettons nous à la place de l'enfant, du fils, qui voit sa mère agir contre lui, comme une ennemie !! Aucun enfant ne peut sortir psychologiquement indemne d'une telle expérience.
Esav et la civilisation qui en découle, sont la conséquence directe d'un drame humain jamais surmonté par un enfant qui s'est senti trahi et abandonné. Nous ne justifions, bien sûr, en rien la « monstruosité » d'Esav, mais nous voulons seulement attirer l'attention sur un fait trop souvent passé sous silence par nombre de commentaires. Puisque la « mère » est « l'ennemi », Esav va voir dans la femme « l'ennemi » du genre humain ! Dans sa religion, la femme va être associée à tout ce qui « fait descendre l'homme en enfer ».
Alors qu'Ichmaël retrouve la femme au paradis, Esav la cherche, lui, en enfer !! Il a tellement « peur » de la femme, qu'il ne l'accepte que « Vierge » et préconise le célibat !!
Bref, de la femme servante et voilée, à la femme vierge et diabolique, ces deux civilisations ont inventé la « religion de l'homme » !
Les juifs, eux n'ont pas de problème avec leur mère !
La Torah explique, en effet, qu' Itsrak fit entrer sa jeune épouse, Rivka, dans la tente de sa mère, Sarah. Le Zohar explique que la « présence de Sarah » avait quitté sa tente, depuis sa disparition et elle y revint lorsqu'Itsrak épousa Rivka.
Plus encore, la « sainteté » de Sarah se réincarna dans Rivka. Nos maîtres veulent nous faire comprendre, dans leur langage codé, qu'il existe un lien entre la relation fils-mère et mari-femme.
L'homme est avec son épouse comme il est avec sa mère, c'est-à-dire que si la relation avec la première s'est bien passée, l'autre sera bonne, aussi.
Mais attention à l'épouse qui se marie avec un homme qui a souffert dans sa relation avec sa mère !
Ichmaël, n'ayant pu accepter de voir sa mère comme une servante, obligera son épouse à en être une, elle aussi, parce qu'il ne peut admettre que l'épouse est un statut supérieur à celui de sa mère.
Esav, qui a eu une mère « contre lui », verra toutes les femmes comme des « diables » et ordonnera, plus tard, à ses « prêtres » de ne pas se marier !
Mais Itsrak, qui a eu une bonne mère, aura, aussi, une bonne épouse, qu'il n'aura besoin ni de voiler, ni de diaboliser.
On ne cessera jamais de dire, d'expliquer et de répéter que la vie morale et spirituelle d'un homme, commence dans le ventre de sa mère !
Revenons, à présent sur l'exil séfarade et ashkénaze.
Les « enfants de Itsrak » ont été exilés parmi les « enfants d'Ichmaël » et ceux d'Avraham, parmi ceux d'Esav.
Selon le principe expliqué plus haut, Ichmaël, dont la nature profonde est une déformation de celle d'Avraham (le Hessed), sa religion tend, nécessairement vers la rigueur et la soumission.
Esav, dont la nature profonde est une déformation de celle d'Itsrak (le Din), sa religion tend vers « l'amour » et la « bonté ».
Mais nous avons expliqué que l'un et l'autre se servent de leur religion comme une « feuille de vigne » qui cache leur « nudité », c'est-à-dire qu'ils ne cherchent pas à parfaire leur nature profonde, mais, seulement à la cacher au point de l'oublier.
La rigueur religieuse d'Ichmaël lui permet de parler, sans rougir de honte, d'un paradis aux mille vierges et l'amour sans limite d'Esav lui permet de torturer et de massacrer au nom de « l'élévation de l'âme pécheresse ».
C'est à cela que la Torah fait allusion lorsqu'elle dit qu'Adam cacha sa nudité avec des feuilles, immédiatement après la faute. Il inventa, en fait, la « religion feuille de vigne » et son « bon dieu-culote » ! Et c'est, sans doute la raison pour laquelle les premiers révolutionnaires français, qui proclamèrent la mort de dieu, furent nommés les sans culottes !!
Les « enfants d'Itsrak », de nature Din, tendent, eux aussi, vers une religion de joie et chaleureuse. Les « enfants d'Avraham », de nature Hessed, tendent vers une religion plus rigoureuse et plus froide.
C'est la raison évidente et profonde pour laquelle le judaïsme séfarade est chaleureux et joyeux et l'ashkénaze, plus froid et rigoureux.
Mais attention !! Dans leur nature profonde, les « enfants d'Itsrak » sont, eux, plus froid et rigoureux, alors que les « enfants d'Avraham » sont plus chaleureux et joyeux. Cela ne se voit presque plus, aujourd'hui, après des siècles d'exil, tout simplement parce que la dimension religieuse a pris le pas sur la nature profonde, au point que même les caractères ont été modifiés par le vécu spirituel. Mais, certain faits prouvent la complexité de la nature humaine.
Le Hassidisme, joyeux, chaud, explosif, avec ses danses, ses chants, son optimisme et sa bonne humeur, n'est-il pas né en milieu ashkénaze ?! N'est-ce pas là un rebond, un sursaut, une réapparition de la vraie nature des « enfants d'Avraham », refoulée pendant des siècles d'exil derrière une religion plus froide et austère ? Le Hassidisme vient, en fait, rappeler que se sont bien les enfants d'Avraham qui se trouvent dans l'exil d'Esav !!
D'un autre coté, les plus grands compilateurs de la Loi, avec sa rigueur « froide » et son intransigeance qui pousse l'homme à une soumission totale devant son Créateur, ne sont-ils pas séfarades : le Rambam et Rabbi Yossef Karo ! Le Choul'han harou"h n'est-il pas, nécessairement l'œuvre d'un « enfant d'Itsrak » ?
La nature Din et sa religion Hessed (séfarade) a été exilée au milieu de la nature déformée du Hessed et de sa religion déformée du Din (Ichmaël).
Et la nature Hessed et sa religion Din (ashkénaze) a été exilée au milieu de la nature déformée du Din et de sa religion déformée du Hessed.
Rav Dynovisz
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