PAS DES REVOLTES, MAIS DES SEPARATISTES

Publié le par Ofek

La tribune de Chantal Delsol - Valeurs Actuelles

 

Une bande attire des policiers dans un guet-apens et s’acharne sur eux : les policiers se plaignent de n’avoir pas assez de moyens et de se trouver exsangues devant l’impunité érigée en système, les agresseurs regrettent que le policier blessé ne soit pas resté plus longtemps à l’hôpital.

On s’indigne. Le gouvernement rassure en promettant davantage de moyens.  

Je ne qualifie pas d’emblée ces bandes. Mon propos vise justement à tenter de les qualifier.  

Nous croyons voir là des groupes d’adolescents ou de post-adolescents en mal d’éducation, qui s’ennuient trop dans des quartiers monotones et nourrissent la révolte contre une société qui ne les intègre pas.  

Nous croyons qu’il s’agit seulement d’un problème d’ordre public : ces affaires sont déjà bien plus graves que cela.  

L’ordre public concerne l’empressement ou le manque d’empressement que met une population à se soumettre librement aux lois en vigueur dans le pays. Les lois sont partout difficiles à défendre.  

Un État souverain y met sa police.  

Les citoyens qui enfreignent les lois s’écartent de la confiance sociale, mais demeurent des membres, quoique indociles et donc punissables, de la société. 
Ici, nous sommes en train de passer à un autre stade. 
 

Les émeutiers interrogés reprochent avec véhémence à la police sa présence dans leur quartier, et déclarent clairement qu’ils visent à l’en éloigner, afin de ne plus vivre sous sa loi.  

Autrement dit, ils veulent demeurer les maîtres sur ce territoire qu’ils estiment être le leur, et où ils aspirent à faire la loi eux-mêmes.  

Tout ordre humain est localisé, il n’y a pas de loi sans territoire.  

Il faut conquérir un territoire si l’on veut y inscrire sa propre loi.  

Quelques révoltés qui violent les lois peuvent s’attirer des noms d’oiseaux tels que voyous, brigands, ou vauriens.  

Ici, il s’agit de séparatistes : de gens qui souhaitent instaurer au sein même du territoire français des îlots échappant à la souveraineté de l’État et dont ils seraient, par là, souverains.  

Une chose est d’enfreindre la loi et, dès lors, de se trouver confronté à la police, une autre est de traquer la police elle-même pour s’attaquer à sa maîtrise.  


Dans le premier cas, c’est un problème d’ordre public. 
 

Dans le second, nous franchissons des frontières qui nous portent au début de l’état de guerre.  

Et nous tentons de fermer les yeux devant la véritable nature de la situation.  


Notre impuissance n’a rien de mystérieux : nous savons que les Français n’ont nulle envie de guerroyer contre des indépendantistes, quels qu’ils soient. 
 

Si un département d’outre-mer demandait la séparation, aucun d’entre nous n’admettrait qu’on tire sur des nationalistes exotiques.  

Mais il en irait de même pour la Corse, et aussi pour la Savoie ou pour la Bretagne. 

 

L’intégrité du territoire français n’est plus assurée par notre fermeté, mais par la générosité de nos allocations, qui encouragent à demeurer dans notre giron. 
Voilà pourquoi les événements actuels sont inquiétants : il s’agit là, cas unique, de séparatistes assez violents et déterminés pour nous désarmer (il n’en faut pas beaucoup). 
 

La France pourrait devenir une sorte de Colombie. 

 

Devant ces actes, la question n’est plus seulement de savoir s’il faut réformer l’école : mais plus urgente, plus cruciale, de savoir si nous voulons préserver l’intégrité du territoire, ou le laisser filer, pan par pan, sous d’autres lois. 

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