Gaza dans les nuages et les brouillards de lautomne
Par Sami El Soudi © Metula News Agency
L’armée israélienne a lancé depuis hier des opérations militaires importantes dans la bande de Gaza.
Elle a nommé cette campagne « Nuages d’automne ».
En faisant la synthèse des informations que j’ai pu recueillir côté palestinien
et de celles qui me sont fournies par Ilan Tsadik, qui se tient informé auprès des officiers israéliens,
il nous est possible de dégager les objectifs tactiques de ces raids.
Ceux-ci poursuivent trois objectifs stratégiques, à savoir :
A. Empêcher une libanisation des affrontements avec les organisations islamiques, en coupant les sources d'approvisionnement en armes, munitions, formateurs et en détruisant les stocks d'armes nouvelles en provenance du Sinaï, récemment amassés par le Hamas et le Djihad islamique palestinien.
Les dépôts attaqués contiennent des moyens antichars et antiaériens comparables à ceux employés par le Hezbollah lors de la guerre du Liban.
Un missile de type Kornet a été utilisé hier, pour la 1ère fois, par des miliciens du Hamas contre un blindé de Tsahal.
Il n'a fait ni dégâts ni victimes côté israélien.
B. Gêner les tirs de roquettes quotidiens des islamistes contre la ville de Sdérot et le Kibboutz de Shar Haneguev et empêcher le déplacement du caporal Gilad Shalit de son lieu de détention identifié par les Israéliens.
C. Diminuer le potentiel militaire des organisations islamiques en vue de la confrontation, qui semble inévitable, entre le Hamas et le Fatah.
362 miliciens et terroristes du Mouvement de la Résistance Islamique (Hamas) et du Djihad ont été tués par Tsahal depuis l'enlèvement de Shalit et 789 d'entre eux ont été mis hors de combat lors de dizaines de raids.
Ce chiffre est à mettre en perspective avec le fait que ces organisations comptaient environ 2 800 miliciens ayant subi un entraînement plus ou moins sérieux et que la plupart des miliciens et terroristes touchés par les soldats de Jérusalem font partie de ces forces « préparées au combat ».
Depuis quelques mois, les effectifs islamistes étaient passés à 4 500 hommes armés, mais ceux qui n'ont pas été entraînés ne joueraient qu'un rôle insignifiant lors d'une éventuelle confrontation généralisée avec le Fatah ou les Israéliens.
Les forces palestiniennes inféodées au président Abbas ne participent pas aux combats contre Tsahal et reçoivent un entraînement massif et concentré administré par des spécialistes de la CIA américaine.
Des tractations intensives, dirigées par des médiateurs US, sont en cours afin qu'Israël autorise le transport d'une brigade du Fatah, casernée depuis toujours en Jordanie, vers l'intérieur de la bande de Gaza.
Sur le plan tactique, les Israéliens, appuyés par 80 blindés, ont occupé hier la ville de Beit Hanoun, située dans le nord de la bande et faisant face, à quelques centaines de mètres de distance, à la municipalité israélienne de Sdérot.
La ville palestinienne voisine de Lakhia a également été investie, de même qu'une large portion de Djabalyia.
Lors des combats pour la prise de ces villes, 9 miliciens et terroristes [1] ont trouvé la mort, de même qu'un soldat israélien, le maître-chien Kerell Golenshin, ainsi que deux victimes collatérales civiles.
80 membres des organisations islamistes sont blessés à des degrés divers.
La vie de 17 d'eux eux est en danger.
Le président Abbas a qualifié la bataille qui se poursuit de « massacre » mais la Ména est en mesure d'affirmer que cela fait uniquement partie de sa « communication », ces paroles étant destinées à empêcher que la rue palestinienne ne considère le chef de l'AP comme un allié de l'Etat hébreu.
Dans les faits, cependant, c'est objectivement l'unique observation qui s'impose.
Dans le sud de la bande, les chars israéliens ont pris des dispositions offensives dans un grand terrain vague attenant à l'aéroport international désaffecté et donnant accès à la voie Philadelphie qui longe la frontière égyptienne, sur toute la longueur de sa partie palestinienne.
Cet axe, qui comprend le point de passage avec l'Egypte de Rafah, avait été remis par Tsahal à l'Autorité Palestinienne lors de son désengagement des implantations et de la bande l'an dernier.
En dépit de la présence sur les lieux d'observateurs de l'Union Européenne et du déploiement de 1 500 gardes-frontières du président Moubarak, côté Sinaï, le creusement de tunnels de contrebande a atteint des proportions record lors de ces dernières semaines.
Plus d'une centaine de ces galeries ont en effet été percées lors des dernières semaines, alors que 19 seulement ont été découvertes et dynamitées par les commandos de Tsahal lors de raids ponctuels.
Lors d'une intervention assez surprenante ce jeudi matin, un haut fonctionnaire du Caire a déclaré « que l'Egypte verrait de manière hostile à Israël la destruction des tunnels ».
Notre étonnement découle de ce que la quasi-totalité des armes transitant par ces ouvrages sont destinées aux organisations islamiques auxquelles le Caire est violemment opposé.
De plus, ce sont les militaires égyptiens qui sont censés empêcher cette contrebande et qui s'en montrent totalement incapables.
Mais le plus singulier, c'est que cet échec démontre la médiocrité des troupes d'élite du régime de Moubarak et partant, de toute son armée ainsi que son degré avancé de corruption.
Les services de renseignements du pays du Nil savent parfaitement que tant que la partie de leur territoire située au-delà du canal servira de marché d'armes et de plate-forme de contrebande, ils ne pourront assurer la sécurité des sites touristiques sis dans la péninsule du Sinaï.
Des sites qui ont subi des attaques terroristes de la part des alliés du Hamas et de ses patrons des Frères musulmans et qui ont fait des centaines de victimes.
Ces attentats ont fortement hypothéqué l'essor de l'industrie du tourisme de Moubarak, qui constitue pourtant la principale ressource du pays en devises étrangères.
Cette cascade de constatations met, en tous cas, en relief la fragilité du régime cairote, bien plus significative que ses inconséquences stratégiques et tactiques.
A Gaza, qui est tout sauf un modèle d'ordre et d'Etat de droit, on a banalisé les expressions « sot comme un Egyptien » et « corruptible comme un Egyptien ».
Cela fait l'économie d'autres commentaires...
A Gaza aussi où l'armée israélienne émet divers messages sur les fréquences des radios locales, afin de prévenir que les opérations en cours visent à éliminer les terroristes et leur armement et pour inviter la population locale à prendre ses distances des uns et des autres.
Certains, au sein même du Hamas, font froidement le décompte des conséquences de l'enlèvement du caporal Shalit et dressent le bilan désastreux de cette opération.
Ils accusent le chef du Hamas installé à Damas, Khaled Mashal, de « les sacrifier afin d'imposer sa prédominance sur la cause palestinienne ».
Mashal a étonné les leaders islamiques locaux en adressant plusieurs propositions politiques à Israël ces derniers jours ; parmi celles-ci, « un cessez-le-feu absolu, et même, une cessation des hostilités pour une période de 20 à 40 ans, contre le retrait d'Israël aux frontières de 1967, la libération de tous les prisonniers et le transfert de l'autorité sur les frontières de l'Autonomie de l'AP au gouvernement Hamas ».
Sur le terrain du différend inter palestinien, on assiste à une véritable course à la mobilisation d'hommes, à leur entraînement et leur armement.
Les tractations en vue de trouver un compromis pacifique entre le gouvernement et la présidence sont interrompues et la énième « réunion de la dernière chance », prévue au Caire, a été annulée.
Je me permets de réclamer votre attention sur le fait que nous sommes désormais entrés dans une dynamique de confrontation que nous n'avions jamais observée auparavant.
L'heure est désormais à la préparation de la guerre civile, à ciel et à discours ouverts, et je ne vois pas - hormis une réoccupation totale de la bande de Gaza par les Israéliens - ce qui pourrait éviter l'affrontement fratricide.
En Cisjordanie les arrestations de membres des factions armée et politique des organisations intégristes par l'armée d'occupation se poursuivent.
Cette nuit, 27 personnes ont ainsi été appréhendées.
Ces opérations sont couronnées d'un succès certain, puisque cela fait désormais de longs mois que le Hamas, le Djihad, le FPLP et les Martyrs d'Al-Aqsa n'ont pas réussi à perpétrer d'attentant majeur sur le sol israélien.
A Gaza, la non restitution du soldat enlevé et la poursuite des tirs - politiquement et tactiquement inutiles de Qassam - démontrent, plus que le choix des intégristes de maintenir une situation permanente de guerre aux conséquences suicidaires, que la construction d'un Etat pour les Palestiniens, sur des bases logiquement accessibles, n'est pas à l'ordre du jour du Hamas.
Plus de trois millions de mes compatriotes paient quotidiennement le prix de ce choix absurde, personne de sensé n'imaginant que nos adversaires accepteront de vivre sous les piqûres permanentes de ceux qui, pour eux, ne sont rien de plus que de nuisibles... moustiques.
Notes :
[1] Miliciens, ceux qui s'attaquent à des Israéliens armés, terroristes, ceux qui s'en prennent à des civils, et miliciens-terroristes, ceux qui passent d'une occupation à l'autre.