La France fabrique un réel danger de confrontation armée avec Tsahal
Par Stéphane Juffa- Metula News Agency
Certains lecteurs avaient sûrement songé que Jean Tsadik exagérait, lorsqu'il avait évoqué, en marge du déploiement militaire français dans le cadre des forces de l'ONU, le long de notre frontière nord, le risque d'affrontements entre les soldats de Paris et ceux de Tsahal. A en croire les menaces inconsidérées proférées par des officiers français aux oreilles de leurs homologues israéliens, il pourrait malheureusement s'avérer que notre camarade ait à nouveau vu juste dans ses prévisions. Et il ne s'agit pas de rumeurs, puisque c'est le ministre de la guerre, M. Amir Péretz, qui a rapporté l'existence de ces menaces, hier lundi, lors de la cession ordinaire du Comité de la Knesset aux Affaires Etrangères et à la Défense.
La Ména est en situation d'informer ses lecteurs que des ultimatums ont été formulés à Tsahal par le colonel Lalanne-Berdouticq du contingent tricolore.
Ce dernier a averti son vis-à-vis de « la possibilité que les Français puissent avoir à ouvrir le feu au cas où les appareils des forces aériennes d'Israël poursuivraient leurs survols du Liban ».
Les choses pourraient s'envenimer, car Amir Péretz ne s'est pas contenté d'affirmer qu' « Israël continuerait à patrouiller dans les cieux libanais aussi longtemps que la résolution 1701 du Conseil de Sécurité de l'ONU resterait inappliquée ».
Ni que « ces survols sont indispensables à la sécurité du pays, particulièrement alors que des soldats de Tsahal restent détenus par le Parti de Dieu et que l'approvisionnement en armes de ce dernier se poursuit ».
Le ministre a, de plus, en effet avisé les députés présents que l'Etat hébreu allait informer officiellement le comité dans lequel il siège en compagnie des représentants de la Force Internationale des Nations Unies pour le Liban (FINUL) et de l'armée libanaise, que notre pays « serait contraint d'agir de façon indépendante si les livraisons d'armes (au Hezbollah sur territoire libanais) ne prenaient pas fin ».
Péretz a communiqué qu' « Israël détenait des preuves indiscutables de ce que la Syrie transférait actuellement des armes et des munitions au Liban », en parfaite violation de l'accord de cessation des hostilités et sans provoquer la moindre réaction de la part de la FINUL ni du gouvernement de Beyrouth.
A cet égard, les observations de l'armée allemande concernant ces trafics coïncident en tous points avec celles de Tsahal.
De très nombreuses provisions de cette résolution ne sont pas appliquées par le gouvernement libanais, dans la plus grande indifférence des militaires de l'ONU en général et du contingent tricolore en particulier :
Tout d'abord, le texte de cette résolution prévoyait qu'il fallait « remédier d'urgence aux causes qui ont donné naissance à la crise actuelle, notamment en obtenant la libération inconditionnelle des soldats israéliens enlevés », et que ces mesures devaient advenir simultanément à l'arrêt des hostilités.
Or non seulement nos soldats n'ont pas été relâchés mais les autorité beyrouthines n'ont pas même daigné obliger le Hezbollah, qui fait partie de leur cabinet, à fournir le moindre indice établissant que les trois militaires sont toujours vivants et en bonne santé.
Les missions de renseignement des chasseurs-bombardiers israéliens, auxquelles la France voudrait mettre un terme, servent, entre autres, à s'assurer que nos prisonniers ne sont pas transférés en Syrie ou en Iran à l'instar du navigateur Ron Arad, dont on commémorait hier la vingtième année de détention sans la moindre nouvelle !
Sans entrer dans les détails, les satellites à notre disposition sont incapables de récolter un certain nombre d'informations quant aux transports de personnes et d'équipements, que seuls ces avions sont capables de moissonner. Dans d'autres cas, il importe de vérifier, lors de ces missions, par recoupement, des informations transmises depuis l'espace.
En considérant que nous avons affaire à des monstres, ayant fait étalage de leur degré d'inhumanité dans la détention d'Arad, au plus grand mépris de toutes les conventions régissant le sort des prisonniers ainsi que de toutes les normes morales, il est exclu qu'un pays civilisé comme le nôtre, se souciant du sort de ses soldats, se prive de ces vols de surveillance.
Tout comme il semble, à première vue, exclu qu'un autre Etat civilisé prenne le risque d'une confrontation afin d'empêcher le déroulement desdits vols dans les circonstances ainsi décrites.
Au nombre des autres engagements libanais non réalisés, je note, parmi les plus importants, ceux qui ont conduit Israël à stopper son offensive, ceux stipulés dans l'article 3 de la 1701, qui prévoit que le gouvernement libanais exerce intégralement son autorité sur l'ensemble de son territoire, de sorte qu'aucune arme ne s'y trouve.
De fait, les soldats de la FINUL et de l'armée libanaise côtoient les miliciens-terroristes chiites dans le Sud, sans tenter de les désarmer, tout en connaissant l'emplacement de la plupart de leurs arsenaux.
Dans la vallée de la Bekaa, ils sont simplement absents et ne tentent même pas de sécuriser les frontières du pays aux cèdres, comme cela est pourtant spécifié à l'article 14 du même document.
L'article 8 de la résolution établit les principes qui appuient le cessez-le-feu et qui fondent une solution à long terme. Ces principes appellent, évidemment, le Liban à exclure toutes les forces étrangères de son territoire ainsi que toute vente ou fourniture d'armes et de matériels connexes.
A l'article 15, le Conseil de Sécurité se montre encore plus précis sur ces points-clé, puisqu'il « décide » que les « Etats » doivent prendre « toutes les mesures nécessaires » pour empêcher notamment « La vente ou la fourniture à toute entité ou individu situé au Liban d'armes et de matériel connexe de tous types, y compris les armes et leurs munitions, les véhicules et le matériel militaires, le matériel paramilitaire et leurs pièces de rechange, que ce matériel provienne ou non de leur territoire » (...).
C'est à ces conditions qu'Israël a accepté de faire taire ses armes et c'est pour aider le gouvernement libanais à les appliquer, que les soldats de la FINUL - les Français parmi eux - ont été déployés sur le territoire de notre voisin septentrional.
Or aucune de ces conditions principales n'a été remplie jusqu'à maintenant.
Pourtant, le texte de cette résolution reconnaît explicitement que si ces mesures ne sont pas mises en oeuvre, la non reprise des violences ne saurait être assurée.
Non contente de ne pas besogner à l'exécution de ces provisions, la France s'autorise maintenant à menacer de tirer sur les aviateurs israéliens, s'ils poursuivent leurs opérations pacifiques destinées à mesurer le degré des dégâts occasionnés par la non application de la résolution qui a mis fin à la guerre.
C'est plus qu'un comble, cela participe d'une démarche aussi inique qu'imbécile et dangereuse.
Parce que si les Français lancent un seul missile contre nos avions, nous avons ordre de détruire, immédiatement et sans la moindre considération pour la nationalité de ceux qui mettent notre mission en danger, la source du feu et ses servants.
S'ensuivrait inévitablement une confrontation militaire limitée entre deux pays qui, théoriquement au moins, partagent les mêmes valeurs civilisationnelles et politiques.
Je n'entrerai pas ici dans une évaluation des capacité des uns et des autres au cas où, suite à une initiative française de ce type, nos deux pays se trouveraient emportés vers une confrontation à plus large échelle.
Je ne le ferai pas tant cette éventualité est sotte, autant que sont sots ceux qui nous ont obligés à la considérer.
Je me contenterai d'écrire qu'aucun des deux pays que sont la France et Israël ne possède la puissance militaire nécessaire à mener un conflit conventionnel aux portes de chez l'autre.
Conclusion qui exprime tout de même qu'il n'est pas dans l'intérêt de Paris de jouer les gros bras avec nous au Liban-Sud, ceci posé sur un plan strictement militaire.
Alors quel est l'intérêt de la France à laisser ses officiers déclamer de pareilles insanités ?
Le seul que je puisse logiquement entrevoir, c'est celui qui réside à faire montre d'inimitié envers Israël dans un message en direction du monde arabe, globalement, et du Hezbollah, de manière spécifique.
Le commandement de l'armée bleu-blanc-rouge et ses RG savent très bien que c'est le Hezbollah, alors encore dans ses couches, qui avait fait sauter, en 1982, l'immeuble Le Drakkar à Beyrouth, assassinant 52 de leurs parachutistes.
Ils savent également - puisque nous le savons - que le commandant actuel du Hezbollah dans la zone où la France opère n'est autre que le cerveau de cet attentat.
Lors, ces derniers jours, on avait noté une tension certaine entre l'organisation terroriste chiite et le contingent allemand qui participe à la FINUL, les Fous de Dieu accusant les Germains d'être venus faire le jeu impérialiste d'Israël et des Etats-Unis dans la région.
Peut-être ces menaces françaises en l'air se veulent-elles ainsi un signe apaisant en direction du Hezb, ce, afin de lui faire comprendre que Paris adopte ses slogans face aux sionistes et qu'il est donc inutile de préparer un Drakkar II. Cette éventualité est largement probable.
Les Français tireront-ils sur nos avions pour joindre le geste à la parole dans la même dialectique ? C'est plus douteux.
Ce n'est toutefois pas à exclure, même si cela approchait de l'insanité stratégique, tactique et politique.
Mais cela ferait vraisemblablement tomber quelques juteux contrats dans l'escarcelle des entreprises françaises, en provenance des pays les plus islamofascistes du Moyen-Orient.
Cela vaut-il une escarmouche avec Israël ? Quelques soldats qui mourront pour rien ?
Un grand exode, alors inévitable, des Juifs de l'Hexagone ?
Cette question n'ayant aucun fondement lié à l'intelligence, sa réponse dépend uniquement de l'humeur de Jacques Chirac, qui décide à lui tout seul des actes de la France dans les domaines militaire et des affaires étrangères.
Il est vrai que la Ména a remarqué que la diplomatie parisienne préparait toujours un acte symbolique d'inimitié à l'occasion de chaque rencontre importante entre les deux pays.
C'est histoire de montrer aux clients arabes qu'on n'est pas cul et chemise avec Israël, que ce n'est jamais l'entente parfaite.
Rappelez-vous les coups de goujaterie de Mitterrand et ceux de Chirac, à Jérusalem, lors de la visite de Notre-Dame, ou à Paris, en accueillant Ehoud Barak, lorsqu'à propos de la mise en scène d'Enderlin, il lui souffla, juste assez fort pour être enregistré et bien en face de l'œil des caméras, que « ce n'est pas une politique de tuer des enfants » !
On joue toutefois à un jeu assez dangereux lorsqu'on mêle les militaires en opération aux combines diplomatiques.
Il suffirait que l'un de nos pilotes, se sentant en danger, active un doigt trop nerveux sur son collimateur pour que les menaces des officiers français de la FINUL tournent à la catastrophe.
Et si Paris s'est trompé, qu'il sanctionne publiquement ses colonels !
Dans le cas contraire, il faudra que nous posions certaines questions à Son Excellence Jean-Michel Casa, le nouvel ambassadeur du Quai à Tel-Aviv.
Vous n'ignorez pas que pour savoir et comprendre, même ce qui semble exempt de tout discernement, on peut toujours compter sur la Ména...
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