Pellegrini, lhomme qui ne voit que les avions
Pierre Lefebvre © Primo, 19 octobre 2006.
Selon le général français, les survols du territoire libanais par les chasseurs israéliens
sont la « principale préoccupation » de la FINUL.
L’inconvénient qu’il y a à regarder en l’air est qu’on ne voit pas ce qui se passe sous vos pieds.
Dans les années 30, les gags tournant autour de ce thème ont été légion.
Alain Pellegrini, commandant de la FINUL, a affirmé jeudi que les survols israéliens du territoire libanais étaient une violation de la résolution onusienne ayant mis fin à la guerre entre Israël et le Hezbollah.
Il a estimé que l'emploi de la force pourrait être envisagé dans l'avenir si les tractations diplomatiques ne parvenaient pas à empêcher ces incursions.
Le général français a oublié les déclarations d’un officier de son état-major le 30 août 2006 «Ce qui nous inquiète, c'est la question du contrôle de la frontière avec la Syrie».
Pellegrini ne voit plus les frontières.
Du reste, il ne les a jamais vues, la Syrie et le Liban interdisant tout déploiement de la force internationale dans la plaine de la Beeka, contrairement à la résolution 1701.
C’est dommage qu’ils ne puissent d’y rendre, les pioupious. Mais que voulez-vous !
Si le Liban refuse, si le Liban promet que pas une arme ne transite par cette région en direction du Hezbollah, il n’y a aucune raison de ne pas le croire.
Pellegrini n’est pas curieux. Ses soldats non plus.
« A l'heure actuelle, nous n'avons détecté ou repéré aucune personne portant des armes illégales dans la zone où est déployée la FINUL, entre le fleuve Litani et la frontière. »
Ce serait tellement bon de le croire, mais ce n'est en aucun cas une preuve.
Que la Finul ne trouve aucune arme dans cette région est logique.
Nul besoin de ramener la fine fleur de la technologie française pour bavasser une telle évidence.
Le Hezbollah y a été fortement commotionné.
De plus, des batteries entières, pas forcément plus pacifiques, d’envoyés spéciaux campent sur une zone grande comme le dixième d’un département français.
Il faudrait vraiment que le Hezbollah soit stupide pour y faire patrouiller ne serait-ce qu’une camionnette.
Certes, le survol d’un pays par un avion militaire d’un autre pays n’est pas très poli, ni courtois.
Mais c’est en ce moment le seul moyen dont dispose Israël pour surveiller la frontière entre la Syrie et les territoires libanais contrôlés par le Hezbollah.
Et, en temps de guerre, surtout avec des adversaires assez couards pour se planquer derrière des civils, la courtoisie est un luxe.
Israël n’a pas les moyens de ce luxe-là.
Pellegrini le sait et se tait.
Pendant des années, la FINUL ne voyait rien.
Elle ne voyait pas se construire les casemates.
Elle ne voyait pas les maisons se transformer peu à peu en pas de tir pour missiles dans les villages.
Elle ne voyait pas le Hezbollah installer ses bombes à fragmentation, même à 15 mètres de ses abris.
Elle n’a jamais vu le moindre trafic d’armes.
Elle n’a jamais signalé le moindre incident, sauf si celui-ci était provoqué par une riposte israélienne.
La FINUL n’a jamais vu de combattants du Hezbollah s’entraîner au tir.
Et pourtant, ça fait un peu plus de bruit que des pistolets à merle, les engins qu’Israël a du affronter cet été.
Mais non, la FINUL se tait.
Il faut plaindre les militaires français, obligé de faire ami-ami avec ceux-là même qui ont fait sauter 52 de leurs camarades dans l’immeuble « Le Drakkar » en 1982.
A moins qu’une hypothétique solidarité guerrière – une enclume dans la mâchoire et le petit pois dans la tête – ne conduise ces militaires à taire une légitime rancune.
Aveugle, muette et sourde FINUL
Le Liban ne respecte pas une seule de ses obligations. Le Hezbollah n’est pas désarmé.
Il est en train de reconstituer ses réserves de missiles.
Les soldats prisonniers ne sont pas rendus. La Croix Rouge n’a pas pu les visiter. Et pour cause !
Bien peu nourrissent encore quelque illusion quand au sort qui leur a été réservé.
Le territoire libanais n’est pas sous contrôle, une grande partie étant même interdit à toute visite de la FINUL mais c’est Israël qui ne respecte pas la résolution 1701.
Et zou, on bombe le torse, on sort ses « crotales »… et son radar «cobra»…armes, on le sait, absolument inefficaces contre les causes même de la guerre qui a provoqué le renforcement de la FINUL, à savoir le Hezbollah et ses tirs sur le territoire israélien.
Pellegrini est tellement certain du rendement de sa petite FINUL qu’il pense que 15.000 hommes seront inutiles.
Il en a assez pour faire ce qu’il fait, c'est-à-dire compter le passage des avions israéliens.
« Pour nous, à l'heure actuelle, il n'est pas nécessaire d'atteindre 15.000 hommes pour la FINUL et nous nous arrêterons avant, peut-être aux alentours de 10.000 », a-t-il déclaré.
Il est vrai qu'avec 15.000 militaires dans un endroit grand comme un canton rural français, le plus grand risque encouru par les soldats de la FINUL, ça va être de se marcher sur les pieds.
Pour éviter cela, il faudrait qu’il s’enfonce un peu plus en direction de la Syrie pour voir ce qui s’y passe.
Mais le dictateur syrien ne veut pas en entendre parler.
Quelques minutes après son intervention, Pellegrini a été désavoué par un représentant français : selon ce diplomate, il n'est pas question actuellement de modifier les règles d'engagement de la nouvelle Finul.
Ca n’est pas vraiment rassurant quand on connaît la vitesse d’évolution de la diplomatie française.
Mais cela a été dit.
La ministre française de la Défense, Michèle Alliot-Marie, en visite à Washington, a évoqué elle aussi la question, avec Stephen Hadley, le conseiller pour les affaires de sécurité du président George W. Bush.
Décrivant la situation militaire au Liban comme « calme mais fragile », elle a estimé important « d'éviter tout ce qui peut apparaître comme des provocations susceptibles de ranimer la violence ».
Interrogée sur ces « provocations », elle a cité « le survol de l'espace aérien » libanais par l'aviation israélienne.
« Il est essentiel que nous puissions avoir une situation claire où il ne puisse pas y avoir de survol aérien », a insisté Mme Alliot-Marie.
En même temps, a-t-elle déclaré, « le problème des Israéliens est qu'il n'y ait pas de trafic d'armes à travers les frontières ».
C’est en effet le problème, Madame La Ministre, peut être même le plus important.
Si vous croisez Pellegrini dans les couloirs, touchez-lui en deux mots avant son retour en terre libanaise.