Sarkozy, élu par ses lyncheurs

Publié le par Ofek

 
 
Les tombereaux d'injures déversés, ces jours-ci, sur Nicolas Sarkozy sont de bons présages pour lui.
En 2005, les donneurs de leçons (dont il faisait alors partie) s'étaient pareillement acharnés contre ceux qui voulaient rejeter la Constitution européenne. Les « nonistes » avaient été traités de falsificateurs, crétins, réactionnaires, xénophobes. Le 29 mai, la France excédée congédiait cette pensée aboyeuse et clonée, qui repasse actuellement par la fenêtre. Mais qui écoute encore ses rappels à l'ordre et ses ragots ?
 
Le FN est, une fois de plus, débordé sur son propre terrain. Quand Jean-Marie Le Pen traite Sarkozy de « racaille politicienne », la bien-pensance rajoute (je n'invente rien) : menteur, raciste, brute, fou, eugéniste, monstre. Comme l'explique la rappeuse Diam's, égérie de Ségolène Royal (Libération, 7 avril) : « Je rêve d'une France tolérante [...] Si c'est Sarko ou Le Pen, je me prépare à la bagarre. » Ce mépris pour la démocratie habite la meute.
 
Observer l'hystérie verbale des diseurs de concorde et d'apaisement montre leur hypocrisie. La lépenisation des esprits est chez ceux qui la dénoncent : ils insultent et haïssent le candidat de l'UMP avec les mots et les procédés de la vieille extrême droite. Leur recours à la diabolisation souligne le sectarisme de la gauche. Par de semblables intimidations, elle a rendu impossible toute analyse du déclin de la France. L'immobilisme vient de là.
 
Cette pensée monolithique a laissé ses traces dans la campagne électorale, fermée au choc des idées. La simple interrogation, lancée par Sarkozy, sur la part de l'inné dans certains comportements, a été jugée informulable par la pensée correcte. Ni Ségolène Royal ni François Bayrou n'ont voulu s'arrêter à la question liée à l'identité nationale et à l'immigration. Le modèle social, l'école, la justice, l'Europe n'ont pas davantage suscité d'élémentaires confrontations.
 
Alors que la France déboussolée est en attente de débats, les électeurs pourraient bien sanctionner ceux qui ont rendu la contradiction impossible : Royal, par ses improvisations et ses évitements ; Bayrou, par son goût du consensus et de l'entre-deux-chaises. Sarkozy n'a pas toujours brillé par sa cohérence (sur son libéralisme, par exemple) et ses rodomontades ont fait tache. Mais il a montré qu'il savait affronter les réalités. Pour cela, ses lyncheurs le voient déjà élu.
 
Le choix des valeurs
 
L'affolement qui gagne les dépositaires de la bonne conscience illustre leur désarroi devant la révolution néoconservatrice qui, portée par les Français, traverse la société. À l'instar du phénomène apparu aux États-Unis dès les années 1980, les gens se détournent des idéologies relativistes, au profit de valeurs jugées hier réactionnaires. Nation, famille, autorité, travail, mérite, sécurité sont des sujets qui se sont imposés aux principaux candidats par la force des évidences. Faire la différence entre le bien et le mal, le beau et le laid ne fait plus hurler que les faussaires, en voie de perdre leur magistère.
 
L'identité nationale est au coeur des préoccupations de ceux qui, face à la mondialisation, redoutent la déculturation et la dilution de leur propre pays. Aussi, Ségolène Royal et François Bayrou ont-ils pris le risque de se couper d'une partie de leur électorat, en refusant de s'arrêter à ce besoin des peuples de se reconnaître dans des nations familières, issues d'une l'histoire. Si Philippe de Villiers piétine dans les sondages alors qu'il fut le premier à défendre cette attente, c'est parce que Nicolas Sarkozy a su lui subtiliser le thème.
 
Ce choix, qui l'a incité à déclarer, mercredi dans Le Figaro : « On ne peut pas ignorer les racines chrétiennes de l'Europe, ni celles de la France », pourrait lui assurer la victoire. De tous les candidats, en tout cas, il est le seul à avoir répondu à la demande de parler vrai d'une opinion désemparée par trente ans de non-dits, de slogans et de mensonges. C'est cette glasnost - qui fit s'effondrer le mur de Berlin et qui marginalise aujourd'hui les effarouchés et les doctrinaires -, qui souffle plus que jamais.
 
L'hypothèse Le Pen
 
Jean-Marie Le Pen au second tour, dimanche, à la place de Ségolène Royal ? La bulle médiatique, qui a porté François Bayrou au rang de troisième homme, a vraisemblablement sous-estimé la puissance de l'extrême droite. Le 21 avril 2002, elle avait totalisé (avec les voix de Bruno Mégret) 19,2 % des suffrages. Depuis, les faits qui l'avaient portée (immigration, paupérisation, insécurité) se sont aggravés. Il ne serait donc pas surprenant que Jean-Marie Le Pen arrive avant le candidat centriste, principalement soutenu par les bobos, les enseignants, les journalistes.
 
Néanmoins, le scénario attendu d'un duel Sarkozy-Royal reste le plus probable. La bassesse des attaques de Le Pen - qui, après s'en être pris aux origines immigrées de son adversaire de droite, a invité la presse à fouiller dans son couple - trahit son appréhension de la défaite. Si cette hypothèse devait se confirmer, elle signerait l'efficacité de la stratégie du président de l'UMP, consistant à se réapproprier les thèmes nationaux, communs à toutes les démocraties européennes, mais abandonnés au FN durant des décennies.
 
Quand la gauche vertueuse, rejointe par des centristes de plus en plus socialistes, s'acharne contre Sarkozy, ils s'en prennent à l'adversaire le plus sérieux d'une extrême droite qu'ils abominent, mais ne cessent d'engraisser. Une évidence que ne veut pas voir l'ancien ministre Azouz Begag, soutien de Bayrou : « Tous les Arabes et tous les Noirs [...] détestent Sarkozy », a-t-il dit mercredi au quotidien espagnol El Pais, en ajoutant : « Il nous doit du respect, y compris à la racaille. » Begag, meilleur soutien de Le Pen.
 

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