Les tribulations de Ségolène Royal en Chine

Publié le par Ofek

Pierre Lellouche  - Le Figaro
 
 
Après le fiasco de son équipée proche-orientale et l'annulation qui a suivi du déplacement qu'elle avait envisagé aux États-Unis en décembre pour cause d'indisponibilité d'Hillary Clinton, les tribulations de Ségolène Royal en Chine, censées crédibiliser la stature internationale de la candidate socialiste, ont atteint de nouveaux records d'amateurisme et d'improvisation.
 
Bien incapable de dire aux Français, avant son départ, qui elle allait rencontrer et ce qu'elle allait faire en Chine, Mme Royal a donné l'impression de s'être laissée embringuer dans un voyage organisé par un tour operator un peu particulier : le Parti communiste chinois. Son programme, tel qu'il a pu être reconstitué ex-post, montre qu'elle a surtout effectué une visite touristique, les photos et les images étant sa spécialité - ainsi de l'écharpe blanche sur la Grande Muraille et de l'incontournable visite de la Cité interdite ; Mme Royal n'a, en revanche, rencontré aucun des responsables de la Chine populaire, à l'exception de conseillers ou d'un vice-président (celui-ci, ancien responsable à la discipline, compte certes parmi les neuf membres du bureau politique, mais de là à en faire l'étoile montante du régime...). Elle n'aura vu ni le président, ni le premier ministre, ni le ministre des Affaires étrangères, ni le ministre de la Défense, ni le ministre de l'Économie. Ses contacts avec la société civile se sont limités à des citoyens modèles triés sur le volet (membres du Parti communiste, quand ils ne sont pas fils de membres du Parti depuis 1921...) : ainsi de la famille chinoise « ordinaire » chez qui elle est allée boire le thé, ou des « étudiants » de l'Institut diplomatique, sagement fidèles à la ligne officielle.
 
Il est vrai que Mme Royal, contrairement à d'autres visiteurs occidentaux plus avertis, avait accepté d'être logée à la résidence officielle de Diaoyutai (du nom d'un archipel plus connu sous son nom japonais de Senkaku et aujourd'hui revendiqué par la Chine), construite pour les cadres du régime, gardée en permanence par des factionnaires de la police armée populaire et où elle ne risquait donc pas de faire de mauvaises rencontres.
 
Quant aux sujets abordés, là encore, on souffre pour elle devant l'indigence du contenu. Car quels sont, au fond, les problèmes fondamentaux posés par la Chine aujourd'hui ? Il y a, en premier lieu, les problèmes stratégiques : la Chine, actuellement engagée dans un réarmement extrêmement rapide (son budget de la défense, en progression rapide depuis quinze ans, a augmenté en 2006 de 14,7 % pour dépasser cette année les 35 milliards de dollars), ne nous aide guère sur le dossier du nucléaire iranien et bien peu sur la Corée du Nord. Que je sache, pas un mot de Mme Royal sur le sujet.
 
Deuxièmement, la Chine mène aujourd'hui une politique des plus agressives en matière d'accès aux ressources énergétiques : elle a d'ailleurs réussi, de façon spectaculaire, à prendre pied sur le continent africain, en organisant à Pékin le 5 novembre 2006 le premier sommet sino-africain. Là encore, pas un mot de la présidente de Poitou-Charentes.
 
Troisième grand sujet, la compétition chinoise dans la mondialisation des échanges et la faiblesse de la France à cet égard (le marché de la construction des centrales nucléaires chinoises vient d'échapper à Areva) alors que les échanges avec la France représentent à peine 1 % du commerce extérieur chinois. Sur ce point, Mme Royal a eu cette merveilleuse formule : « Nous pouvons gagner » ; tandis que si les entreprises françaises perdent des marchés, elles n'ont, ma foi, qu'à s'en prendre à elles-mêmes « au lieu de penser que c'est toujours de la faute des autres ». L'ennui, c'est que pendant ce temps, à Paris, son compagnon François Hollande promet à tout va des hausses d'impôts et davantage de réglementation : magnifique grand écart entre les exhortations à exporter à l'étranger, d'un côté, le matraquage des exportateurs à domicile, de l'autre.
 
Quatrième sujet : la Chine est aujourd'hui l'un des pays les plus pollueurs de la planète ; mais Mme Royal, naturellement, ne parle pas des sujets qui fâchent. Cinquième grand sujet : la Chine est l'une des dernières dictatures communistes de la planète, même s'il y règne en pratique un capitalisme des plus prédateurs ; mais Mme Royal semble avoir, là aussi, oublié la notion même de droits de l'homme, pourtant inscrite dans notre Constitution, au profit de celle, plus diluée, de « droits humains ». Elle félicite même les tribunaux chinois d'être « plus rapides que les tribunaux français ». On rêve... car la Chine est tout de même, de très loin, le champion du monde de la peine de mort, sans parler des droits de la défense, réduits là-bas à leur plus simple expression.
 
À grand renfort de publicité, on apprendra tout de même, sur le tard, qu'elle a fait remettre (mais à qui ? et pour quels résultats ?) une liste des noms de cinq avocats et journalistes emprisonnés : c'est bien peu, en tout cas, sur les milliers de prisonniers politiques et d'opinion que compte ce pays.
 
Le bilan est donc peu convaincant, c'est le moins que l'on puisse dire. Restera de ce voyage l'écharpe blanche au pays du Lotus bleu, sur fond de Muraille de Chine ; les compliments, le lendemain, d'un conseiller présidentiel sur « le rouge qui lui va si bien », subtile manière, sans doute, de relever l'impair qui avait consisté pour elle à s'habiller de blanc, couleur du deuil chez les Chinois ; et cette grande innovation linguistique qu'est la « bravitude », lapsus plus ou moins volontaire qui, pour la politique étrangère de Mme Royal, est sans doute synonyme de « nullitude ».
 
Les spécialistes savent que les élections se gagnent rarement, voire jamais, sur la politique étrangère, mais il n'est pas impossible de les perdre sur ces sujets. Les Français sont un peuple fier, dans un monde dangereux. Ils attendent non seulement d'être gouvernés à l'intérieur, mais aussi d'être pilotés à l'extérieur, avec compétence et intelligence. Avec les pérégrinations de Mme Royal au Proche-Orient et en Chine, on est décidément loin du compte.

Publié dans Coup de gueule !

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saadoun aaron 18/01/2007 16:49

MLellouche si votre article a pour objectif de faire la promotion
de sarkozy auprès de nos coreligionnaires ne vous fatiguez pasc'est déjà fait par d'autres et de plus en plus nombreux.
xPour nos frères juifs le vote à droite toute est déjà acquisJ'espère simplement qu'ils
ne le regretteront  pasIls s'étaient déjà tous mobilisés pour chirac je croisje ne me trompe pasOn connait le résultat. Pour ma part je
n'oublie pas ce qu'on fait les socialistes pour Israel depuis sa création.: le soutenir, l'armer, jusqu'a combattre à ses côtés en 1956...